Procès du 13-Novembre: les moments marquants de près de dix mois d'audience

Des récits de victimes éprouvants, un principal accusé qui pleure et s'excuse, quelques images diffusées. Voici les moments marquants des près de dix mois d'audience du procès "historique" des attentats du 13 novembre 2015, avant le verdict attendu mercredi.

Le récit collectif des rescapés

Jamais une audience criminelle n'avait autant laissé place à la parole des victimes. Une place en deux temps, au début et à la fin du procès, ce qui est sans précédent.

Au total, environ 400 parties civiles sur les plus de 2.500 constituées - rescapés et proches des 130 victimes décédées - ont défilé à la barre pour raconter "leur 13-Novembre" et reconstituer pièce par pièce le puzzle des attaques jihadistes et de leurs vies brisées.

De ces histoires singulières est né le récit collectif de l'insouciance perdue, la culpabilité intacte et la difficile voire impossible reconstruction.

A l'automne, puis début mai, un même rituel s'est installé: un micro qu'on règle, des feuilles que l'on pose devant soi, la voix qui tremble, et à la fin de longues accolades avec d'autres parties civiles.

Pas d'images "inutilement choquantes"

Il aura fallu attendre près de sept mois d'audience pour que soient finalement diffusés le son et les images de l'attaque du Bataclan. Et une partie seulement. "Pas d'images inutilement choquantes", avait dit la cour.

Cette précaution rarissime aux assises tranche avec le procès des attentats de janvier 2015 contre Charlie Hebdo et l'Hyper Cacher, où la brutalité avait surgi sans ménagement sur grand écran.

Quelques plans larges des tueries sur les terrasses parisiennes et des explosions au Stade de France ont été projetés au début du procès, rien pour le Bataclan. Il y eut aussi des vidéos de propagande du groupe Etat islamique, mais expurgées des scènes les plus atroces.

Cette "aseptisation" fait débat, y compris au sein des associations de victimes.

Le 1er avril, la cour d'assises spéciale de Paris a finalement fait droit à la demande répétée de l'une d'elles, Life for Paris.

Elle diffuse alors une trentaine de photos et des extraits d'un enregistrement sonore. Le silence est lourd quand, dans la salle, résonne la ferveur du concert des Eagles of Death Metal, brusquement interrompu par les tirs des kalachnikov, les cris de peur et les hurlements de douleur.

Procès du 13-Novembre: les moments marquants de près de dix mois d'audience
©AFP

Un procès sur écrans plats

Un bloc de 45 mètres de long pour 15 mètres de large, 550 places: bâtie de toutes pièces pour ce procès dans l'historique palais de justice de Paris, sur l'île de la Cité, la salle d'audience est lumineuse, moderne et... gigantesque.

Depuis l'ouverture du procès, le 8 septembre, les cous se tordent depuis les bancs de bois pour tenter d'apercevoir, à travers une forêt de robes noires, la cour, les avocats généraux, les accusés et le principal d'entre eux, Salah Abdeslam, placé tout au bout d'un long box vitré.

Les réactions des accusés sont maintes fois restées inaudibles. Leurs expressions imperceptibles.

Pour suivre les débats ne sont souvent restés que les écrans plats disséminés dans les rangées.

"Le planning, le planning"

"Ca va durer neuf mois", "il va falloir vous armer de patience", lançait Jean-Louis Périès à un Salah Abdeslam réclamant le micro au cinquième jour du procès et vitupérant dans son box: "c'est quand qu'on aura la parole ?"

Pour cette audience criminelle inédite par sa durée, qui a paru s'éterniser, le président a opté pour un séquençage qui n'a pas facilité la fluidité des débats.

Les accusés n'auront été interrogés pour la première fois sur le fond du dossier que quatre mois après l'ouverture du procès, après les parties civiles, de nombreux témoins dits "de contexte" et une série d'enquêteurs français et belges.

Et gare à celui qui s'aventurait sur une période des faits sortie du calendrier prévu, "saucissonné" en plusieurs phases: avant août 2015, d'août à début novembre, de début novembre au 13-Novembre, après les attentats...

Un "manque de souplesse", diront certains, une obsession "gestionnaire" du planning, fustigeront d'autres.

Le Covid, hôte tenace

Le Covid s'est invité tardivement au procès, début 2022, mais de manière tenace: à quatre reprises, l'audience a été suspendue pendant une semaine, repoussant d'un mois la fin prévue de l'audience.

Au total, six des onze accusés comparaissant détenus, serrés dans le box, ont été atteints par le Covid.

Avec l'irruption de la pandémie au procès, certains se sont faits spécialistes des durées d'isolement, d'autres des modes de propagation. Mohammed Amri "est en apnée depuis 12h30. Ce qui n'a aucun intérêt car on sait que le Covid s'infiltre par les oreilles", lâche début janvier Me Xavier Nogueras, quand on débat de la contagion de Salah Abdeslam.

Le Covid n'a pas touché que le box des accusés. Les trois avocats généraux l'ont contracté, l'un d'eux lors des explications très attendues de Salah Abdeslam sur sa soirée du 13-Novembre. Loin de la salle, il a envoyé ses questions par messages à ses collègues.

Procès du 13-Novembre: les moments marquants de près de dix mois d'audience
©AFP

"Le seul participant connecté"

L'absence physique à la barre et l'anonymat des enquêteurs belges cités comme témoins a fait l'objet d'un bras de fer entre la cour et les avocats de la défense.

Elle a entraîné une "grève du box" de plusieurs accusés, l'un d'eux, le Suédois Osama Krayem, s'absentant même pendant plusieurs mois. Ce refus de comparaître a institué une pause rituelle à chaque début d'audience, le temps que les sommations d'usage par huissier lui soient faites.

Lors des auditions menées depuis le parquet fédéral belge, les connexions avec Bruxelles ont viré au mauvais gag, entre réponses fuyantes des policiers et couacs techniques récurrents.

"Ah ben, il est parti", désespère Me Olivia Ronen, l'une des avocates de Salah Abdeslam, un jour où elle presse de questions un enquêteur. Son visage a disparu des écrans, remplacé par un message et une voix de robot: "vous êtes le seul participant connecté".

"Bonjour M. le président"

On n'avait pas vu une telle affluence et effervescence au procès depuis son ouverture: l'ambiance est solennelle ce 10 novembre quand François Hollande s'avance à la barre. C'est la première fois qu'un ancien chef de l'Etat témoigne aux assises.

"Bonjour Monsieur le président", lui dit Jean-Louis Périès. "Bonjour Monsieur le président", répond le témoin, sourire en coin. Rires dans la salle.

François Hollande ne prononcera pas le nom du principal accusé et ne regardera pas le box, mais ses mots sonnent comme une réponse à ceux de Salah Abdeslam, qui avait affirmé qu'il "n'y avait rien de personnel" dans les attaques. "Ce groupe nous a frappés non pas pour nos modes d'action à l'étranger mais pour nos modes de vie ici-même", martèle François Hollande. "On nous a fait la guerre, nous avons répondu".

Les larmes d'Abdeslam

Est-ce la même personne ? "Combattant" autoproclamé du groupe Etat islamique au premier jour du procès, Salah Abdeslam verse des larmes lors de son dernier interrogatoire en avril et présente ses excuses "à toutes les victimes".

"Cette histoire du 13-Novembre s'est écrite avec le sang des victimes. C'est leur histoire, et moi j'en ai fait partie. Elles sont liées à moi et moi à elles", déclare-t-il la voix tremblante.

"Je vous demande de me pardonner. Je sais que la haine subsiste (...) je vous demande aujourd'hui de me détester avec modération".

Auparavant, il a raconté pour la première fois qu'il avait pour mission de se faire exploser dans un bar du XVIIIe arrondissement de Paris mais qu'il y avait renoncé par "humanité". A-t-il dit la vérité? Une autre thèse voudrait qu'il ait tenté d'actionner le gilet, mais qu'il était défectueux.