"Je suis totalement innocent", "Je condamne tous les attentats terroristes": les accusés du 13 Novembre ont dit leurs derniers mots

La cour d’assises s’est retirée pour délibérer. Verdicts et peines seront prononcés mercredi soir.

C’est la procédure en assises - avant que la cour ne se retire pour délibérer sur la culpabilité, les accusés ont la parole en dernier. Bien souvent, en quelques phrases, ils répètent ce qu’ils veulent que ceux qui vont se prononcer sur leur sort retiennent d’eux.

Quasiment muet durant l'instruction, Salah Abdeslam s'était progressivement ouvert au cours du procès après s'être présenté comme un "soldat de l'État islamique". Lundi matin, il a présenté ses excuses aux victimes, indiquant : "J'ai entendu votre souffrance."

"Je ne suis pas un tueur"

Il a fait référence au réquisitoire du parquet qui a requis une perpétuité incompressible contre lui : "C'est avec l'épée du parquet sur le cou que je m'adresse à vous." Et d'ajouter que "la perpétuité est sans doute à la hauteur des faits, mais pas à la hauteur des hommes qui sont dans le box".

"Les assassins ne sont pas dans le box. J'ai reconnu que je n'étais pas parfait, mais je ne suis pas un assassin, je ne suis pas un tueur, et si vous me condamnez pour assassinat, vous commettrez une injustice", a terminé Salah Abdeslam.

"Je sais que j’aurais pu arrêter tout ça"

La perpétuité, avec 22 ans de sûreté, avait été requise contre Mohamed Abrini, connu comme "l'homme au chapeau". Comme son voisin Salah Abdeslam, il s'est beaucoup exprimé au cours du procès, reconnaissant qu'il "était prévu pour le 13 septembre", sans toutefois élaborer sur son renoncement.

"Je tenais juste à dire que je n'ai pas attendu le procès pour avoir des remords et des regrets", a dit Abrini. "J'ai pu mettre des visages sur les victimes, ce qui est arrivé est immonde, tous les jours on a des regrets. Je sais que j'aurais pu arrêter tout ça", a-t-il poursuivi.

Onze de leurs douze coaccusés présents dans le box, souvent paralysés par l'émotion, la colère ou l'angoisse, s'étaient levés avant eux pour redire leurs "regrets", "excuses" ou "condoléances" aux victimes pour certains, ou encore pour remercier leurs avocats pour leur travail ou la cour pour leur écoute. D'autres ont condamné une dernière fois les attentats ou ont encore clamé leur innocence.

Confiance ou craintes envers la justice

"J'ai confiance en la justice, depuis le premier jour de mon incarcération, j'ai fait tout ce qu'on m'a dit de faire. Je condamne tous les attentats terroristes", a dit Hamza Attou qui, avec Mohamed Amri, avait récupéré Salah Abdeslam à Paris. "J'espère que vous serez justes", a-t-il conclu.

Très ému, Abdellah Chouaa, un proche de Mohamed Abrini, a pris un temps avant de s'exprimer : "J'ai très peur de votre décision, que vous fassiez une erreur. Je suis totalement innocent. Je ne suis pas et n'ai jamais été un terroriste", a dit cet homme contre qui six ans ont été requis.

Ali Oulkadi, contre lequel le parquet a été le plus clément en requérant cinq ans de prison, a dit espérer reprendre sa vie là où il l'a laissée. "Le plus dur, cela va être d'expliquer à mes enfants, de leur parler des attentats, de ma détention", a dit cet homme qui avait convoyé Abdeslam à Bruxelles après son retour de Paris.

"Vos témoignages m'ont touché, vous m'avez appris beaucoup de choses, le courage, le respect, et surtout le pardon. Ce procès était très dur pour moi", a dit Farid Kharkhach, accusé d'avoir fourni les faux papiers à la cellule terroriste.

"J'ai fait des mauvais choix, que je regrette sincèrement. J'ai appris sur mes fautes", a dit Ali El Haddad Asufi, qui a toujours nié avoir participé à la fourniture d'armes.

Yassine Atar a répété qu'il a "été emprisonné alors que je suis innocent, et je souhaite être acquitté".

Sofien Ayari, qui avait gardé le silence pendant une bonne partie du procès, a exprimé une dernière fois sa colère. "Quoi qu'on dise, quoi qu'on fasse, il y a toujours quelque chose à dire, ça manque toujours de sincérité, c'est comme ça."

Osama Krayem, qui avec Ayari avait effectué un mystérieux aller-retour Bruxelles-Schiphol le 13 novembre, a préféré garder le silence comme depuis de longs mois.

À l’issue de cette 148e journée d’audience, la cour s’est retirée pour délibérer. Le verdict et les peines sont attendus mercredi à partir de 17 h.