Jonathan De Taye, avocat d’Ali El Haddad Asufi : "On le fait pour l’amour de l’art et de la défense pénale"

Jonathan De Taye est avocat pénaliste. Il a défendu, devant la cour d’assises spéciale de Paris, Ali El Haddad Asufi.

Jonathan De Taye, avocat d’Ali El Haddad Asufi : "On le fait pour l’amour de l’art et de la défense pénale"
©BELGA

1. Un procès de dix mois, c’est une difficulté particulière ?

Dix mois, c’est évidemment pour le grand public. Mais il y a tout un travail effectué en amont. Je suis sur le dossier de M. El Haddad Asufi depuis février 2018. C’est là un combat permanent, que ce soit pour le placement sous bracelet lors de la détention préventive en Belgique ou encore l’introduction de recours en cassation. Le procès devant la cour d’assises de Paris n’est que le moment le plus intense, le couronnement.

Ce dossier, pour moi, en tant qu’avocat, c’est quatre années de travail. Mais nous sommes ici devant une cour d’assises historique. On y apprend ce que l’on ne lit pas dans les bouquins de droit. On est face à des avocats réputés, des magistrats d’expérience, avec en plus des relations avec la presse à gérer. C’est véritablement unique.

2. Un procès d’assises à Paris, c’est différent de ce que l’on connaît en Belgique ?

C’est une culture totalement différente. Il y a un plus grand respect envers l’avocat et les droits de la défense en France que ce que l’on connaît peu en Belgique.

L’avocat en France dispose d’une plus grande marge de manœuvre par rapport à la police de l’audience, par rapport aux questions qui peuvent être posées. On est peut-être en France moins dans la connivence. Il y a peut-être aussi une fracture plus importante entre les avocats et les magistrats. Mais, dans la pratique, cela se concrétise par un respect plus grand envers les avocats et une déférence plus grande envers les magistrats.

3. Se retrouver 10 mois à Paris ne présente-t-il pas d’inconvénients ?

Bien sûr. On doit sacrifier son confort privé et professionnel pour assurer une telle défense. C’est un sacerdoce. Je ne veux pas nous jeter des fleurs à nous, avocats de la défense. Mais quand on défend une personne poursuivie pour terrorisme, c’est véritablement pour l’amour de l’art. Cette clientèle particulière n’est pas une clientèle qui peut honorer des provisions. Et cela représente aussi une publicité négative. Comme avocat, on va toujours nous pointer négativement du doigt. Cela ne va, en outre, pas nous ramener de nouveaux clients. Ce sont des dossiers à fonds perdu, tant au niveau financier que de la publicité. On le fait véritablement pour l’amour de l’art et de la défense pénale.

>> Verdict du procès des attentats du 13-Novembre : Salah Abdeslam et Mohamed Abrini condamnés à la réclusion à perpétuité