Verdict du procès des attentats du 13-Novembre : Salah Abdeslam et Mohamed Abrini condamnés à la réclusion à perpétuité

La cour d’assises de Paris n’a pas fait dans le détail. Tous les accusés ont été reconnus coupables. La cour estime que Salah Abdeslam et Abrini devaient frapper à Paris.

C'était un verdict très attendu, détaillé dans un jugement de 120 pages mais, vu "l'heure tardive", le président de la cour d'assises, Jean-Louis Périès, a indiqué qu'il n'allait pas "infliger" cette lecture en entier. Dès l'entame du prononcé, le président a décidé de ne pas ménager de suspense.

Il l'a dit d'emblée : tous les chefs d'accusation étaient retenus, sauf l'association de malfaiteurs terroriste pour le seul Farid Kharkhach, l'intermédiaire qui avait fourni les fausses cartes d'identité à la cellule terroriste. Il est toutefois reconnu coupable d'escroquerie.

Devant la cour, Salah Abdeslam avait dit avoir renoncé à se faire exploser "pas par peur mais par humanité". Cela n'a pas convaincu la cour d'assises. "La ceinture explosive n'était pas fonctionnelle. Cela remet en question ses déclarations concernant le renoncement", a lu le président de la cour d'assises. Il a été condamné à la perpétuité incompressible.

Pour Mohamed Abrini, la cour a indiqué qu'il avait reconnu au procès qu'il devait initialement faire partie des commandos qui ont frappé Paris le 13 novembre 2015, avant de finalement rentrer en catastrophe dans la nuit. "La cour a retenu qu'il était acquis aux thèses de l'État islamique", a lu le président.

À l’appui de la culpabilité, la cour d’assises a retenu son voyage en Syrie où il verra Abaaoud en juin 2015, son passage en Angleterre, son testament retrouvé dans un ordinateur de la planque de la rue Max Roos.

Mohamed Abrini, a poursuivi la cour, a également accompagné Salah et Brahim Abdeslam pour effectuer des locations de voitures qui serviront à Paris et les locations de planques françaises d’où partiront les commandos. Il est condamné à la perpétuité avec période de sûreté de 22 ans.

Pour la cour d'assises, Mohamed Bakkali "a joué un rôle primordial" dans la préparation des attentats. Il a notamment convoyé des membres des commandos vers les planques. "L'ensemble de ces actes ayant servi à la structuration de la préparation des attentats", a dit le président. Il écope de 30 ans, avec période de sûreté des deux tiers.

Quatre kamikazes prévus

Le parquet national antiterroriste voyait dans quatre des accusés des "kamikazes contrariés".

Pour Osama Krayem, le président a rappelé son rôle actif en tant que combattant en Syrie. La cour a aussi retenu son déplacement à l'aéroport de Schipol, à Amsterdam, le soir du 13 novembre qui reste mystérieux.

Sofien Ayari, blessé à la mâchoire en Syrie, avait formé un "binôme" avec Osama Krayem lorsqu'il s'est rendu à Amsterdam, a rappelé la cour. Les deux hommes écopent de 30 ans.

Adel Haddadi s'était aussi rendu en Syrie "où il avait prêté allégeance à l'EI et a accepté une mission auprès d'Oussama Atar, cerveau des attaques", a relevé la cour. Sans son arrestation en Grèce, il était "déterminé" à poursuivre la mission, a poursuivi le président. La cour a retenu le même raisonnement pour Muhammad Usman, arrêté avec Haddadi en Autriche en décembre 2015. Ils sont condamnés à 18 ans.

Pour Ali El Haddad Asufi, le président a mis en avant ses liens avec les frères El Bakraoui, son accompagnement d'Ibrahim El Bakraoui à l'aéroport pour son départ en Grèce, d'où il a essayé de passer en Turquie. Il a également servi d'intermédiaire pour trouver une planque à Ibrahim El Bakraoui, a-t-il relevé. Il écope de 10 ans, soit un excellent résultat.

Selon la cour, Abdellah Chouaa connaissait les projets de départ de Mohamed Abrini en Syrie. Il a également participé à un envoi d'argent à cet accusé, a expliqué le président.

La qualification terroriste n'a pas été retenue pour Farid Kharkhach. "Rien ne permet d'affirmer qu'il connaissait la radicalisation d'Ibrahim El Bakraoui", a relevé la cour.

Les attendus sont très durs pour Oussama Atar, présumé mort en Syrie : "Il a donné des instructions et prêté assistance, en plus d'avoir effectué la sélection d'hommes de confiance. Il a œuvré à la préparation des attentats commis en France." Comme Abdeslam il est condamné à la perpétuité incompressible.

Son frère Yassine Atar a aussi été reconnu coupable et condamné à huit ans.

Hamza Attou, Mohamed Amri et Ali Oulkadi, les trois petites mains qui ont aidé à l'exfiltration de Salah Abdeslam, écopent de peines de 4 et 5 ans.