La France dégage la voie pour faire avancer la Macédoine du Nord sur son chemin européen

Skopje semble sur le point d’accepter la proposition française.

La France dégage la voie pour faire avancer la Macédoine du Nord sur son chemin européen
©AFP

La France a dédié les dernières heures de sa présidence européenne, qui s'est achevée jeudi soir à minuit, au cas de la Macédoine du Nord, pays des Balkans qui n'en finit plus d'attendre aux portes de l'Union. Ces efforts ont permis de convaincre Skopje d'accepter en principe l'accord qui a fait sauter le veto bulgare et dégagé ainsi la voie pour que la Macédoine du Nord (et l'Albanie) entament leurs négociations d'adhésion à l'UE. "Je suis convaincu que nous avons trouvé une solution de compromis qui répond aux sensibilités des deux parties", s'est réjoui jeudi le président français Emmanuel Macron, après le sommet de l'Otan qui se tenait à Madrid.

Dans les coulisses de l'Union, on reconnaît qu'en réalité ce nouveau cadre de négociations, qui établit un calendrier pour résoudre les tensions entre Sofia et Skopje, fait la part belle aux demandes bulgares. C'est que le rapport de force est forcément déséquilibré entre un État membre de l'UE et un pays qui aspire à le devenir. Jeudi, le gouvernement macédonien signalait cependant son ouverture à accepter ce compromis concocté par la France. Lors d'une conférence de presse vendredi, le Premier ministre Dimitar Kovacevski a salué une proposition qui "intègre nos observations et nos opinions" et constitue "une base solide" pour ouvrir une "opportunité pour notre pays". Il a assuré que son équipe a à la fois protégé "l'identité nationale macédonienne" et "gardé à l'esprit notre position stratégique et notre objectif : l'adhésion à l'UE".

Skopje pouvait difficilement dire non

Si ce dossier était extrêmement épineux, c'est justement parce que les revendications de Sofia portent non seulement sur les droits à reconnaître dans la Constitution macédonienne pour la minorité bulgare du pays, mais aussi sur des questions d'identité linguistique, culturelle, historique des Macédoniens. La semaine dernière, le même Kovacevski qualifiait ainsi la proposition française d'"inacceptable", refusant que l'ouverture des négociations d'adhésion à l'Union soient conditionnées au règlement d'une affaire bilatérale avec la Bulgarie.

À y regarder de près, les discussions menées ces derniers jours avec la Macédoine du Nord n'ont apporté que quelques changements symboliques et cosmétiques au texte français. Mais une fois que le Parlement bulgare a validé ce texte vendredi dernier et mis ainsi fin au blocage bulgare, Skopje s'est retrouvé presque dans l'incapacité de refuser l'offre. Non seulement le gouvernement macédonien est-il déterminé à faire avancer enfin le pays sur son chemin européen, mais aussi, l'Union et particulièrement la France - qui arrache ainsi un dernier succès pour sa présidence du Conseil de l'UE - ont-elles fait pression pour débloquer la situation. "C'est le moment de dire oui", déclarait jeudi Charles Michel, président du Conseil européen, sur Twitter. En marge du sommet de l'Otan, des échanges ont aussi eu lieu entre Dimitar Kovacevski et Emmanuel Macron cette semaine.

Du progrès au prix de concessions

Alors que l’UE vient d’accorder le statut de candidat à la Moldavie et l’Ukraine, il urgeait de donner des gages aux pays des Balkans. La Macédoine du Nord attend depuis 17 ans d’entamer ses négociations d’adhésion à l’UE. Une situation qui avait pour effet de bloquer également l’Albanie (dont la candidature a été liée à celle macédonienne) et qui servait de cas d’école de l’enlisement de l’élargissement de l’UE. Les Macédoniens ont pourtant fait des efforts titanesques, allant jusqu’à changer le nom de leur pays pour régler un vieux contentieux avec la Grèce. Mais une fois le veto grec levé, celui bulgare a émergé.Notez l’ironie: l’élargissement figurait comme une des priorités de la présidence bulgare du Conseil de l’UE, en 2018. "Ils ont redynamisé le processus d’élargissement pour ensuite le freiner", soupirait une source européenne la semaine dernière.

La Macédoine du Nord devra donc encore faire des concessions, cette fois à Sofia, ce qui fait craindre des turbulences politiques dans le pays. Le gouvernement a promis des consultations avec différents acteurs (Parlement, opposition, société civile, etc.) avant de donner officiellement son feu vert ces prochains jours, mais ne compte pas soumettre ce texte au vote des députés. Les nationalistes conservateurs du VMRO-DPMNE ont d’ores et déjà appelé à des manifestations dans le pays.

Une fois que la Macédoine du Nord aura officiellement accepté le compromis, le sujet sera mis à l’agenda d’une réunion, jeudi, des ambassadeurs des Vingt-sept auprès de l’UE, qui valideront le lancement des négociations d’adhésion. La Commission devra ensuite analyser le niveau d’alignement de Skopje sur la législation européenne, afin de dicter le chantier de réformes. Le travail pourra commencer sur le premier chapitre lié aux principes fondamentaux d’appartenance à l’Union - et qui sera aussi le dernier à être conclu. Dans le cas de la Macédoine du Nord, le train des négociations ne démarrera vraiment qu’une fois que des progrès auront été effectués pour régler les contentieux avec Sofia. Quoi qu’il en soit, ce processus peut prendre des années, avant que la Macédoine du Nord puisse rejoindre l’UE.