L’appel au "compromis" d’Élisabeth Borne ne fait pas l'unanimité

Dans son discours de politique générale, la Première ministre a appelé à répondre "ensemble" aux défis économiques ou climatiques.

S.G. (avec AFP)
L’appel au "compromis" d’Élisabeth Borne ne fait pas l'unanimité
©AP

"Nous mesurons tous l'ampleur de la tâche : les Français à protéger, la République à défendre, notre pays à rassembler, la planète à préserver", a énuméré Mme Borne en ouverture d'un discours régulièrement interrompu sur les bancs de la gauche, qui avait peu auparavant déposé une motion de censure.

Tout en défendant le bilan du premier quinquennat Macron, la Première ministre a assuré avoir entendu "le message" des électeurs qui ont privé le camp présidentiel d'une majorité absolue à l'Assemblée. "Par le résultat des urnes, ils nous demandent d'agir et d'agir autrement." Énumérant les défis de la guerre en Ukraine ou de l'"urgence écologique" et appelant à reprendre le "chemin de l'équilibre" des finances publiques, Mme Borne a exhorté les députés à redonner "un sens et une vertu au mot compromis".

"Nous ne sommes peut-être pas d'accord sur toutes les solutions", a-t-elle consenti. Mais "les Français nous demandent de nous parler plus, de nous parler mieux et de construire ensemble", a-t-elle insisté. Face au risque de blocage à l'Assemblée, où le camp macroniste ne dispose que d'une majorité relative, la Première ministre a martelé que "le désordre et l'instabilité ne sont pas des options", déplorant que la vie politique n'ait été "trop longtemps […] faite que de blocs qui s'affrontent".

Rejetant tout statut de "femme providentielle", elle a assuré, parfois avec le sourire, ne pas être une "femme de grandes phrases et de petits mots", qui ont, selon elle, nourri "les postures, la défiance et la crise de notre démocratie".

EDF et retraites : les chantiers s’ouvrent

Sur le fond, la Première ministre a affirmé que le projet de loi pour le pouvoir d'achat, présenté jeudi en Conseil des ministres, comporterait des mesures "concrètes, rapides, efficaces" contre l'inflation et pour "les plus vulnérables". Sur le climat, Mme Borne a plaidé pour des "réponses radicales" tout en rejetant la voie de "la décroissance" et aussi annoncé son intention de renationaliser à 100 % EDF, affirmant que "la transition énergétique passe par le nucléaire".

Elle a également abordé le dossier explosif des retraites. "Notre pays a besoin d'une réforme de son système de retraite. Elle ne sera pas uniforme et devra prendre en compte les carrières longues et la pénibilité, a déclaré Mme Borne. Oui, nous devrons travailler progressivement un peu plus longtemps", a-t-elle assuré, déclenchant une bronca à gauche.

L'appel au compromis de Mme Borne n'a pas semblé convaincre les principaux chefs de file de l'opposition, qui ont parfois contesté sa légitimité. Le maintien à Matignon de Mme Borne après les législatives relèverait ainsi de la "provocation politique", a clamé Marine Le Pen, ovationnée par les 88 autres députés du RN. "Vous avez choisi la fuite […] Votre stratégie désormais, c'est 'sauve qui peut'. Et vous êtes prêts à tout. Jamais de compromis mais toutes les compromissions", a raillé pour sa part la cheffe de file des députés LFI, Mathilde Panot, à l'adresse d'Élisabeth Borne qui a renoncé à se soumettre au vote de confiance des députés. Son homologue à EELV, Cyrielle Chatelain a, elle, reproché au gouvernement ses promesses "trahies" sur l'écologie

Plus conciliant, le LR Olivier Marleix a assuré que son groupe ne se livrerait à aucune "compromission" avec l'exécutif et refuserait la "petite soupe" politicienne, mais qu'il resterait ouvert à un soutien sur certains textes.