Les candidats à la succession de Boris Johnson jouent la surenchère conservatrice

Le mode de scrutin pour élire le nouveau leader et futur Premier ministre favorise la "radicalisation".

Les candidats à la succession de Boris Johnson jouent la surenchère conservatrice
©AP

Ils ne sont plus que six. Quatorze députés comptaient initialement se jeter dans la course à la succession de Boris Johnson à la tête du parti conservateur, et donc au poste de Premier ministre britannique. Six n'ont pas pu y participer faute de recueillir assez de soutiens et deux autres ont été éliminés mercredi lors du premier tour de scrutin. Parmi eux, l'ancien ministre de la santé Sajid Javid, le député dont la démission avait entraîné la chute de leur leader, et Jeremy Hunt, qui avait mené une première cabale en juin. Au parti conservateur, on n'aime guère les traîtres qui portent les coups de couteau contre leur leader, aussi discutés soient-ils.

Les prochains tours permettront aux députés conservateurs d’éliminer un à un les autres candidats, jusqu’à ce qu’il n’en reste que deux, au plus tard le jeudi 21 juillet. La répartition des votes du premier scrutin a confirmé le statut des trois grands favoris : l’ancien ministre des Finances Rishi Sunak qui, lui, ne souffre pas d’avoir quitté avec fracas le gouvernement dirigé par Boris Johnson, la ministre au Commerce Penny Mordaunt et la ministre des Affaires étrangères Liz Truss, qui ont recueilli respectivement 88, 67 et 55 votes. Les quelque 100 000 adhérents du parti conservateur auront ensuite jusqu’à la fin du mois d’août pour les départager. Le nom du vainqueur sera connu le lundi 5 septembre. Après sa première entrevue avec la reine Elizabeth II, il remplacera alors Boris Johnson au 10 Downing Street.

Ce système électoral si particulier influence grandement le contenu de la campagne. Les adhérents du parti tory sont en effet majoritairement demeurés alignés sur l’idéologie promue lors des années 1980 et 1990 par Margaret Thatcher : euroscepticisme et libéralisme économique. Par le passé, ils ont ainsi parfois choisi le plus extrême des candidats à leur disposition, et ce même si son adversaire semblait plus capable d’attirer le vote des indécis. Le cas le plus notable demeure l’élimination en 2001 du pro-européen Kenneth Clarke au profit de l’eurosceptique Iain Duncan Smith. Un choix désastreux : ce dernier fut renversé par ses députés deux ans plus tard en raison de sa médiocrité et de son décalage bien trop grand avec l’électorat britannique.

Retour aux fondements conservateurs

Cette année, en l'absence d'un favori évident, l'élection n'échappe pas à cette radicalisation. Les discours et entretiens accordés par les candidats ont été marqués par une course à la surenchère. Toujours sur les deux mêmes thèmes : l'économie et l'Europe. Après trois années marquées par la volonté de Boris Johnson d'investir pour développer et améliorer les services publics, la jeune députée Kemi Badenoch, quatrième avec 40 votes, a bien résumé la volonté des siens de revenir vers "les principes conservateurs" : "Marchés libres, gouvernement limité, État nation fort". Ainsi, Liz Truss entend "réduire les impôts dès le premier jour afin de prendre des mesures immédiates pour aider les gens à faire face à la hausse du coût de la vie". Elle annulera "l'augmentation de l'assurance nationale qui est entrée en vigueur en avril" - une mesure commune à la plupart des candidats. Elle s'assurera enfin que l'impôt sur les bénéfices des entreprises "reste compétitif afin d'attirer les entreprises et les investissements en Grande-Bretagne". Établi à 19 % depuis 2017, il devait être relevé à 25 % dès l'an prochain pour les entreprises dont les profits dépassent 290 000 euros.

En comparaison, Rishi Sunak est demeuré très modéré lors de la présentation de son programme. Il en en effet promis de réduire les impôts "une fois que nous aurons maîtrisé l'inflation (]…] Il s'agit de savoir quand, pas si". Cette position ne l'a pour le moment pas desservi, mais s'il parvient en finale les adhérents pourraient être moins indulgents que les députés. Surtout que son adversaire ne manquera pas de le leur rappeler, dans une élection où coups bas et attaques anonymes pleuvent.

Pas d’apaisement sur le Brexit

Sur la question de l'Europe, aucun des candidats n'a émis la possibilité de revenir sur le projet de loi destiné à ne plus appliquer toutes les mesures du protocole sur l'Irlande du Nord, l'un des pans de l'accord de Brexit. Aucun ne s'oppose donc à la possibilité d'un conflit commercial latent avec l'Union européenne. Pas même Tom Tugendhat, perçu comme le plus pro-européen des candidats, dont l'épouse est française, qui voit dans le projet de loi "un levier" dans les négociations avec l'UE pour s'assurer du maintien de "la souveraineté et de l'unité du Royaume-Uni". Des positions là encore radicales, là encore en grand décalage avec l'opinion publique.

Qu’importe, à leurs yeux, tant qu’elles leur entrouvrent la possibilité d’occuper le 5 septembre le poste suprême.