MBS en France : tapis rouge pour le prince héritier saoudien

Emmanuel Macron termine de réhabiliter “MBS” en l’invitant à dîner à l’Elysée. L’affaire Khashoggi passe au second plan, après le pétrole.

Sur fond de guerre en Ukraine et de hausse des prix de l’énergie, la real politik revient à très grand pas. Emmanuel Macron a accueilli jeudi soir à l’Elysée le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane (MBS), considéré par Washington comme l’instigateur du meurtre du journaliste Jamal Khashoggi, tué et démembré dans l’enceinte même du consulat de l’Arabie saoudite à Istanbul en 2018.

Quatre ans après ce meurtre épouvantable, le choix qui s'offre aux dirigeants occidentaux est le suivant : soit ils s'en tiennent à leurs propos d'alors et ils isolent MBS sur la scène internationale, soit ils mangent leurs paroles avec l'objectif de reconstruire avec Ryad, un axe puissant, capable d'amortir la guerre de l'énergie qui se dessine avec la Russie.

L'Arabie saoudite est le premier producteur mondial de barils de pétrole par jour et possède les deuxièmes réserves prouvées d'or noir dans le monde, derrière le Venezuela.

Les Occidentaux espèrent convaincre Riyad d'augmenter sa production de pétrole pour faire baisser les prix du fuel et de l'essence, une hausse qui augmente le mécontentement des électeurs des deux côtés de l'Atlantique.

Un château à Louveciennes

MBS est arrivé dès mercredi soir en France, en provenance de Grèce, où il a été reçu avec tous les honneurs et signé un chèque de 50 millions de dollars au Premier ministre albanais. Il s’est installé dans son château Louis XIV de Louveciennes (Yvelines), acheté pour 275 millions d’euros en 2015. Le promoteur de ce château construit sur mesure n’était autre qu’Emad Khashoggi, cousin du journaliste assassiné, et sa société Cogemad.

Emmanuel Macron avait déjà fait une visite éclair en décembre 2021 à Djedda pour discuter notamment avec MBS de la situation au Liban. En juin dernier, c’est Recep Tayyip Erdogan qui a accueilli le prince de 36 ans à Ankara, avec les honneurs militaires, un dîner de gala et des accolades. La visite controversée de Joe Biden, il y a deux semaines, a fini de réhabiliter MBS.

Celui-ci poursuit son propre agenda intérieur : malgré les craintes des oulémas, il a entrepris de désenclaver culturellement son pays, ouvrant des cinémas, attirant les premiers touristes occidentaux (y compris à Médine, ville sainte), autorisant les femmes à conduire à partir de 2018. La levée de ces restrictions s’accompagne toutefois d’une répression accrue à l’égard de toute personne qui critique son pouvoir.

Les organisations de défense des droits humains réagissent très durement à la réhabilitation de MBS. “

Si nos politiques laissent tomber et foulent les valeurs de notre société, alors tournons-nous vers d’autres institutions – celle de justice en tout premier lieu, afin de les protéger

”, a déclaré jeudi Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International, qui avait enquêté sur la mort de Khashoggi pour les Nations unies.

Deux ONG – Dawn, fondée par le journaliste saoudien, et Trial International – ont déposé plainte jeudi à Paris contre le prince pour “complicité de torture” et “disparition forcée”. Elles estiment que MBS ne bénéficie d’aucune immunité.

La fiancée “scandalisée”

“Je suis scandalisée et outrée que le bourreau de mon fiancé soit reçu en grande pompe à l’Élysée. C’est une honte !”, a tonné pour sa part Hatice Cengiz, la fiancée turque du journaliste. “L’esprit de Jamal le poursuivra partout, comme un cauchemar”, a-t-elle promis.

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