Spectaculaires incendies en Gironde: "Un mur rouge était devant nous. Le ciel grondait"

Un "mur rouge était devant nous. Le ciel grondait" : comme des milliers de personnes, Eliane, la quarantaine, réfugiée dans la salle des fêtes de Belin-Béliet, a du être évacuée dans la nuit de mardi à mercredi, après les reprises de feu des incendies dans le sud de la Gironde.

Spectaculaires incendies en Gironde: "Un mur rouge était devant nous. Le ciel grondait"
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"Cette nuit, j'ai ouvert ma porte. Nous avions un mur rouge devant nous, et le ciel grondait comme l'océan", raconte cette femme de 43 ans, qui n'a pas voulu donner son nom, en train de reprendre des forces avec certains de ses voisins, assis en cercle sur des chaises, en mâchant quelques madeleines.

Cette nuit, une vingtaine de lits ont été installés par la Croix-Rouge, pour les habitants de Bélin-Beliet et de Saint-Magne, deux communes au coeur de la forêt des Landes de Gascogne une nouvelle fois frappée par les flammes après le gigantesque incendie de Landiras, à une trentaine de km, en juillet.

Certains n'ont pas dormi. Le ciel est menaçant avec un énorme nuage de fumée mêlé de gris et de noir. Au loin, un hélicoptère de la sécurité civile tournoie au-dessus de Saint-Magne. Le Puma peut transporter 4.000 litres d'eau, qu'il largue.

Aux alentours de midi, la salle s'est vidée. Selon Françoise Villars, présidente territoriale de la Croix-Rouge, "de nombreuses personnes sont parties dans des familles sur Bordeaux".

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Un septuagénaire doit attendre. Il a un rendez-vous médical dans l'après-midi. "Nous avons été évacués d'une minute à l'autre vers 1h00 du matin. Personne n'était au courant. Au départ, personne ne voulait partir", dit-il à l'AFP.

"Le spectacle était délirant, surréaliste. Je savais que tout le monde dans les communes alentour vivait cela au même moment", dit-il en référence aux quelque 6000 personnes évacuées de plusieurs villages et hameaux, dont certains dans les Landes voisines.

Sa jeune voisine, qui ne veut pas non plus donner son nom, est "dans l'attente de savoir si nos maisons sont encore sur pieds. Cette nuit, j'ai pris mes papiers, ceux de mes enfants et de mes chiens, des sous-vêtements... et c'est tout."

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"Un mois que ça dure"

A une dizaine de km de là, à Salles, c'est le dojo qui sert de salle d'accueil.

Les élus "se sont relayés toutes les deux heures afin d'assurer la coordination sur le point d'accueil", dit Patrick Antigny, adjoint au maire de Salles, 7000 habitants. En fait, les salles sont plutôt vides. "Sur les milliers de personnes évacuées, seules quelques unes ont besoin d'une réelle aide. La plupart des gens sont logés par des connaissances", dit Daniel, bénévole à la Croix-Rouge.

De longues tables blanches occupent désormais tout l'espace de cette salle normalement réservée aux arts martiaux. Au déjeuner, du pâté, de la salade piémontaise, du taboulé, fournis par la mairie. Chacun va et vient. "Dans l'ensemble, tout se déroule plutôt bien", reconnaît Christian Fostitchenko, 61 ans, qui habite Saint-Magne.

C'est la deuxième fois que le sexagénaire et sa compagne Monique sont contraints de quitter leur domicile. "La première fois, en juillet, nous avons été évacués pendant huit jours. Cela fait un mois que ça dure", soupire l'homme, en référence à cet incendie qui a démarré il y a presque un mois, "cette fois, on a vraiment eu peur. Le feu était à moins de 100 mètres de la maison".

Le couple a embarqué ses affaires "nos médicaments, mais j'ai laissé l'appareil avec lequel je dors la nuit pour mon apnée du sommeil...", grogne l'homme.

Monique Seguin, 67 ans, est inquiète. "Mes trois chats, mon lapin, mes poules sont toujours là-bas", dit-elle, "j'ai envie de rentrer à la maison".

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