Deuxième vacance en deux semaines pour Boris Johnson: "Cela ne change pas grand-chose que le Premier ministre soit au travail ou pas"

Le Royaume-Uni est au centre des crises, Boris Johnson au centre des scandales

Deuxième vacance en deux semaines pour Boris Johnson: "Cela ne change pas grand-chose que le Premier ministre soit au travail ou pas"
©AFP

Au moment où le Royaume-Uni subit plusieurs crises, dont une inflation et une sécheresse historiques, le Premier ministre sortant Boris Johnson a entamé ses deuxièmes vacances en 15 jours, de quoi alimenter les accusations de vide du pouvoir en attendant son successeur.

Ces dernières semaines, le dirigeant conservateur, poussé au départ par son parti après une série de scandales, a manqué des réunions d'urgence sur les vagues de chaleur, est resté à l'écart des célébrations de l'équipe d'Angleterre à l'Euro féminin de foot et a passé quelques jours de lune de miel dans les montagnes de Slovénie.

Cette fois, il a été photographié dans un supermarché d'une banlieue d'Athènes avec son épouse Carrie, tandis qu'un camion de déménagement était stationné lundi devant sa résidence du 10 Downing Street.

"Le Premier ministre est en vacances cette semaine", a indiqué son porte-parole, soulignant que les chefs de gouvernement, même absents, restent "informés sur tous les dossiers urgents et prennent des décisions, particulièrement en matière de sécurité nationale".

Cette escapade intervient alors que Boris Johnson a promis de rester aux affaires jusqu'à la désignation d'un nouveau chef du parti conservateur. Seuls deux candidats restent en lice, la cheffe de la diplomatie Liz Truss, favorite, et l'ancien ministre des Finances Rishi Sunak. Le résultat de l'élection interne est attendu le 5 septembre.

Des voix se sont élevées dans la classe politique britannique pour reprocher à Boris Johnson d'être aux abonnés absents au moment où ses compatriotes souffrent d'une très forte augmentation du coût de la vie, avec en particulier une explosion des prix de l'électricité et du gaz.

Les prévisions de nouvelles augmentations massives des factures en octobre puis en janvier, ainsi que l'avertissement de la banque centrale concernant l'ampleur de la crise à venir pour l'économie britannique, ont provoqué des appels à agir en urgence, sans attendre l'arrivée de son successeur.

"Pas à la hauteur"

Downing Street avait affirmé la semaine dernière qu'il reviendrait "au futur Premier ministre" d'agir face à cette crise, et non à M. Johnson, censé expédier les affaires courantes.

Le pays fait également face à une sécheresse historique qui frappe de plein fouet le secteur agricole et a rendu nécessaire la mise en place de restrictions d'arrosage dans plusieurs régions.

Le Parti travailliste a estimé que "la fête continue pour Boris Johnson, au moment où tout le pays a du mal à payer ses factures".

"A en juger par les derniers mois, cela ne change pas grand-chose que le Premier ministre soit au travail ou en vacances, puisqu'il n'a pas été à la hauteur du défi de la crise du niveau de vie, due au Parti conservateur", a jugé un porte-parole de l'opposition de gauche.

Le Labour a cependant été lui-même critiqué pour sa supposée passivité face à la crise, son leader Keir Starmer étant en vacances la semaine dernière et n'ayant présenté que ce lundi les propositions de son parti, notamment un gel des prix du gaz et de l'électricité.

Pour Brandon Lewis, ancien ministre de M. Johnson, ce dernier n'a pas "jeté l'éponge": "C'est sans doute sa deuxième semaine de vacances en un an, et certainement cette année (...) même quand on n'est pas au bureau à Downing Street, on travaille".

Selon le journal The Times, M. Johnson a l'intention de se lancer dans "une série de visites et de discours" après son retour le week-end prochain, afin d'inciter son successeur à continuer à défendre ses priorités, notamment le soutien du Royaume-Uni à l'Ukraine face à l'invasion russe. Et il compte rester présent dans le débat public malgré l'enquête parlementaire prévue sur son attitude pendant le "partygate", ces fêtes à Downing Street pendant les confinement qui ont précipité son départ.

L'ancien maire de Londres reste populaire dans son parti, plus, selon certains sondages, que les deux prétendants à sa succession, et les médias spéculent sur une volonté de retour au pouvoir.

En attendant, beaucoup verraient l'ancien journaliste reprendre un rémunérateur poste d'éditorialiste: selon le Guardian, il a été approché par le tabloïd Daily Mail qui l'a soutenu jusqu'au bout malgré les scandales.