"Koh-Lanta" à la prison de Fresnes: deux détenus ont été lourdement condamnés, "la confiance est rompue"

La polémique sur le jeu Kohlantess prend de plus en plus d'ampleur.

Rédaction
"Koh-Lanta" à la prison de Fresnes: deux détenus ont été lourdement condamnés, "la confiance est rompue"
©capture d'écran YOUTUBE

La polémique continue. Pour rappel, un événement a été organisé dans la prison de Fresnes: Kohlantess. Le but étant de créer des épreuves façon Koh-Lanta avec des jeunes de cités dans les prisons. Du karting et d'autres activités incluant des piscines avaient été organisés. Rapidement, l'extrême droite s'était emparée du problème via Damien Rieu. "Ils violent vos filles, cambriolent vos maisons, agressent vos mamies, volent vos voitures, mais font du karting sur le dos de leurs victimes et avec vos impôts grâce au directeur Jimmy Delliste et Eric Dupond-Moretti", avait écrit sur Twitter celui qui défend la cause du parti Reconquête de Eric Zemmour.

Les organisateurs avaient réagi en expliquant que les détenus qui avaient participé aux événements "étaient tous présents pour des petites peines." Un des organisateurs avait également expliqué à France Info "qu'aucun de ceux qui ont participé n'est un assassin ou un violeur." Un jour après cette affirmation, Le Figaro a mené son enquête. Et elle met à mal cette version. Deux détenus qui ont participé à l'émission ont effectivement été incarcérés pour des raisons très graves.

Le premier a été condamné "à dix ans de réclusion criminelle pour viol par la cour d'assises du Val-de-Marne en février 2021", précisent nos confrères. "Sa fiche pénale fait aussi état de nombreuses affaires de vols dont des violences avec arme, de plusieurs jugements pour trafic de stupéfiants. Et d'une évasion en 2018 alors que le condamné était placé sous bracelet électronique. Sans compter divers incidents en détention." Pendant le jeu, il aurait notamment participé à l'épreuve du tir à la corde. BFM TV affirme également ce jeudi que l'individu va être transféré de prison. "Il a été identifié par les autres détenus, son nom a circulé sur les réseaux sociaux. Il est normal qu'il soit transféré." Tandis que le second a été condamné pour meurtre.

À qui la faute?

Depuis lors, la vidéo de Kohlantess a été retirée par "respect" des victimes. Dans un communiqué, la production de l'émission a rejeté la faute sur l'institution pénitentiaire. "La confiance que nous avons accordée au centre pénitentiaire de Fresnes ainsi qu'au ministère de la Justice a été rompue", s'est défendu l'organisation. "Nous avons pourtant stipulé à plusieurs reprises nos conditions, à savoir : aucune peine résultant d'une atteinte à l'intégrité physique et/ou morale d'une personne."

De son côté Eric Dupond Moretti affirme ne pas avoir été mis au courant de cette histoire. Selon le ministre de la Justice, cette course de karting a été organisée "à l'initiative du directeur de la prison avec l'organisateur".

Muet depuis le début de la polémique, le directeur de la prison a enfin pris la parole pour France Info. "C'était une activité de prévention, pas de réinsertion", a-t-il expliqué. "Je pense qu'il faut ramener les choses à leur juste valeur, même si je comprends l'émoi que ça peut générer au niveau de l'opinion. Mais Fresnes, ce n'est pas ça." Pour une partie de l'opinion publique, le plus choquant a été l'épreuve de karting. "Deux personnes détenues ont concouru, deux agents et deux membres de l'association extérieure, pour une épreuve de dix minutes. Cependant, je reconnais que le choix des épreuves était inadapté, il suffit de voir ce qu'en pense l'opinion publique."

"Polémique étrange et minable"

Pour la gauche, cette polémique est l'arbre qui cache la forêt. "C'est une polémique un peu étrange et minable", dénonce Dominique Simonnot, la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté. "Il y a d'autres choses qui se passent en prison : du VTT, du cheval, de l'escalade, du football entre détenus et surveillants, mais ces images ne sont pas publiques."

Pour elle, le problème est ailleurs: cette prison est insalubre. Au 1er juillet, la maison d'arrêt de Fresnes comptait 1918 détenus pour 1336 places. Des conditions inhumaines selon elle. "Le scandale ne se trouve pas là, mais dans la surpopulation carcérale, et notamment à Fresnes, qui est l'un des établissements les plus vétustes, bourré de cafards, de punaises de lit, de rats, et où la vie est lugubre. Pour les détenus comme pour les surveillants."