Vers une suspension des visas avec la Russie ?

L'UE étudie une suspension totale de son accord de 2007 avec Moscou prévoyant des facilités de délivrance de visas de court séjour pour certaines catégories de ressortissants russes, a indiqué lundi un diplomate européen, soulignant le caractère "symbolique" de la mesure.

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Vers une suspension des visas avec la Russie ?
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Les ministres européens des Affaires étrangères, qui doivent se réunir mardi et mercredi à Prague, pourraient s'entendre pour mettre en oeuvre d'ici octobre cette suspension que réclamait la Finlande, selon la même source, à défaut d'un accord sur des restrictions concernant les visas Schengen accordés à des Russes, sujet de divisions entre les Etats membres.

A la suite du déclenchement du conflit en Ukraine, les Vingt-Sept avaient déjà suspendu l'application de ces facilités pour certaines catégories liées au régime (délégations officielles, détenteurs de passeport diplomatique, chefs d'entreprise...). L'accord passé entre la Russie et l'UE prévoit aussi des procédures allégées pour obtenir des visas de 90 jours maximum pour d'autres catégories (journalistes, sportifs, employés du secteur des transports, visites familiales...).

"Nous ne pouvons pas continuer la politique des visas comme elle a été conduite jusqu'à présent. Je suis convaincu que l'accord de facilitation sera la première étape" d'une politique plus stricte des Européens, a précisé cette source diplomatique, qualifiant cette suspension de "symbolique".

Par la suite, "une interdiction des visas touristiques pourrait être ajoutée au prochain ensemble de sanctions, avec des exceptions pour la société civile, les cas humanitaires et les étudiants", a-t-il estimé, disant attendre un débat "vigoureux" à Prague cette semaine.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a appelé les Occidentaux à fermer complètement leurs frontières aux Russes qui doivent "vivre dans leur propre monde jusqu'à ce qu'ils changent de philosophie".

Une telle interdiction des visas délivrés aux touristes russes pour l'espace Schengen, qui serait une mesure inédite, est notamment réclamée par les Pays baltes, mais l'Allemagne s'y oppose, et la Commission européenne n'y est pas favorable.

Frontalière de la Russie, la Finlande, qui traite quelque 1.000 demandes de visas par jour, a décidé de réduire à 10% de ce volume le nombre de visas délivrés aux touristes russes dès le 1er septembre. La République tchèque, les Pays baltes et la Pologne ont également durci leur régime de visas pour les Russes à des degrés divers (arrêt total ou pour les seuls touristes), avec des exceptions (études, raisons familiales, humanitaires, médias d'opposition...).

Les 26 pays de l'espace Schengen (22 Etats de l'UE, plus Norvège, Islande, Suisse et Liechtenstein) ont reçu en 2021 trois millions de demandes de visas de court séjour (90 jours par période de 180 jours) toutes catégories confondues (tourisme, études, voyages d'affaires...), les Russes étant les plus nombreux (536.000).