Un nouveau procès des années noires de Daech s’ouvre en France, celui des attentats de Nice

Le procès doit débuter lundi à Paris. L’auteur de l’attentat est décédé. C’est son entourage qui est visé.

Christophe Lamfalussy (avec AFP)
OEUVRE ANGE DE LA BAIE NICE ATTENTAT
©PHOTOPQR/NICE MATIN/MAXPPP

Le 14 juillet 2016, à Nice, alors que le feu d’artifice venait de se terminer, un camion de 19 tonnes s’engageait sur la Promenade des Anglais et fauchait méthodiquement les spectateurs qui rentraient chez eux. Cet attentat effroyable, quatre mois après ceux de Bruxelles, fit 86 morts et plusieurs centaines de blessés.

Le conducteur du camion, Mohamed Lahouaiej Bouhlel, fut tué par les policiers au terme de sa course folle. Celle-ci n’avait duré quatre minutes et 17 secondes, selon l’enquête qui dura près de quatre ans.

L’auteur de l’attentat, un Niçois de nationalité tunisienne, étant mort, le procès qui s’ouvre ce lundi à Paris va juger huit personnes de son entourage, pour l’aide éventuelle qu’elles lui ont apporté : une reconnaissance des lieux avec ses amis tunisiens, la fourniture d’un pistolet automatique avec cinq cartouches retrouvé dans l’habitacle du camion et d’une kalachnikov par une filière albanaise. Le procès devrait durer jusqu’au 16 décembre.

Trois sont jugés pour "association de malfaiteurs terroriste", les cinq autres, principalement pour "infractions à la législation sur les armes". Aucun d’eux n’est considéré par le parquet comme complice.

Le procès se tiendra dans la même salle aménagée pour le procès des attentats du 13 Novembre, dans l’ancien palais de justice, sur l’île de la Cité à Paris. Une retransmission sera assurée à Nice, de même sur le web, à destination des victimes. Tout sera filmé pour l’Histoire et conservé pendant 50 ans avant une possible diffusion.

En l'absence de l'auteur, le procès pourrait susciter des frustrations parmi les quelque 865 parties civiles, car aucun des accusés n'a participé directement à la tuerie. "Nous essayons de les préparer au fait que les peines (de 5 à 20 ans, NdlR) ne seront peut-être pas à la hauteur de leur souffrance", explique Me Casubolo-Ferro, l'un des avocats de l'Association française des victimes du terrorisme (AFTV).

Dans les rangs de la défense, Me Chloé Arnoux estime qu'"il faut ramener Mohamed Lahouaiej Bouhlel au cœur du débat parce que c'est sa psychose, sa névrose, qui a occasionné son passage à l'acte".

Un passé de violence

L'auteur - dont certaines victimes ne veulent plus prononcer le nom - était chauffeur livreur à Nice, un mari volage et violent selon sa femme, qui était en instance de divorce au moment des faits. "Il aimait me brûler avec des pailles, il me frappait à coups de pied sur la tête."

A-t-il trouvé "dans l'idéologie islamiste radicale le terreau nécessaire pour favoriser le passage à l'acte meurtrier" comme l'évoquent les enquêteurs ? Adepte du bodybuilding, l'homme n'était pas pratiquant, ni fiché S par les services ; il semble s'être converti aux thèses de Daech en quelques semaines en s'abreuvant de vidéos en Syrie et en Irak. Il n'a laissé aucun message d'allégeance à Daech, ni de testament. L'auteur s'est pris en selfie sur la digue niçoise juste avant les faits, avec en arrière-plan une colonne de véhicules militaires. Son regard est dur.

Les experts diront, au procès, s’il souffrait de psychose, ce qu’avait détecté un psychiatre en Tunisie dans les années 2000. Était-il un "soldat de Daech" ou un fou dont la violence était sublimée par la propagande de l’État islamique ?

"Les traces de l'attentat resteront éternellement ancrées en nous", explique à l'AFP le maire de Nice, Christian Estrosi. Trois lieux de recueillement existent dans la ville balnéaire, dont une statue d'ange oiseau face au Palais de la Méditerranée. Un ressortissant belge, un sacristain d'origine russe, est décédé à Nice ainsi que deux personnes de nationalité kazakhe et géorgienne qui résidaient à Brasschaat.