Elizabeth II : la fortune de la Reine

Ce n’est un secret pour personne, la famille royale britannique possède une fortune colossale, qui se compte en dizaine de milliards de livres et d'euros. Mais Elizabeth II, décédée ce jeudi 8 septembre 2022, n'était pas la plus riche du Royaume-Uni...

Eddy Przybylski et Charles Van Dievort

Ce n'est un secret pour personne, la famille royale britannique possède une fortune colossale. Son patrimoine est estimé par Forbes à quelque 28 milliards de livres, près de 33,5 milliards d'euros. Il est constitué des châteaux tels que Balmoral et Windsor, de terres louées à des exploitants, de fermes et d'immeubles, ces derniers étant principalement situés à Londres. Mais aussi de droits sur des sous-sols marins via des fermes éoliennes offshore, expliquait en juin derniers le quotidien français Les Echos. Ces derniers rapportent des royalties.

Différencier le privé du public

Qu’on ne s’y trompe cependant pas, ce colossal “compte en banque” n’appartenait pas à la reine à titre personnel. Si la famille royale tire profit des revenus générés par l’immense parc immobilier constitué depuis des siècles et qui est aujourd’hui le leur, il est hors de question de le vendre en tout ou en partie pour leur propre bénéfice. Celui-ci est géré trois structures.

Fondé il y a 260 ans, le Crown Estate regroupe tous les biens appartenant à la Couronne. Il pèse 17,8 milliards d’euros et génère des revenus importants dont 25 % seulement sont destinés au souverain pour lui permettre de financer ses activités et autres dépenses, en particulier l’entretien de ses résidences et propriétés, explique Boursorama. C’est ce que l’on appelle la dotation royale (Sovereign Grant en anglais). L’an dernier, elle s’était élevée à un peu plus de 100 millions d’euros. Cette enveloppe sert aux dépenses officielles, aux salaires du personnel, à la sécurité, aux déplacements, à l’entretien des biens que sont les résidences royales. Quant aux 75 % restant, ils vont directement dans les caisses du trésor public britannique.

Autre structure procurant des revenus à la souveraine : le Duchy of Lancaster. Il pèse 750 millions d’euros et se transmet de souverain en souverain depuis plus de six siècles. On y trouve 18 000 hectares de terres cultivables, une dizaine de châteaux mais aussi, plus surprenant, des entrepôts, des bureaux et des centres commerciaux. Il gère par exemple, le célèbre domaine de Savoy situé à Londres, entre le palais de Buckingham et la City.

Elizabeth II : la fortune de la Reine
©PHOTONEWS

Les revenus générés par le Duchy of Lancaster sont destinés à la reine. En 2020, il aurait rapporté à Elizabeth II une trentaine de millions d'euros. Une enveloppe qui est destinée aux dépenses privées de la souveraine et de certains membres de la famille royale remplissant des obligations officielles. Attention, la reine paye des impôts sur ces rentrées.

Il est utile de préciser que les palais de Buckingham et Kensington ne sont pas non plus des propriétés de la reine. Ils sont mis à sa disposition de par son statut de monarque. Il en va de même de la Royal Collection, dans laquelle sont regroupés les joyaux de la couronne et des collections d’œuvres d’art. Les revenus engendrés par l’ouverture au public du palais de Windsor et d’autres résidences de la famille royale, alimentent également ce fond.

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Il y a aussi le Crown Estate Scotland qui regroupe l’ensemble des biens de la Couronne situés en Écosse.

Quant au prince Charles, il bénéficie des rentrées du Duchy of Cornwall qui pèse près de 1,3 milliard d’euros. Parmi ses actifs, on trouve les îles de Scilly (non loin des côtes des Cornouailles) mais aussi divers produits financiers : actions, obligations, etc. Lui aussi rapporte quelque 20 millions de livres par an et finance les activités du prince héritier.

Pas la plus grande fortune du Royaume-Uni

Faut-il comprendre de ce qui précède que la reine d’Angleterre ne dispose pas d’une fortune personnelle ? Pas du tout. Mais celle-ci est incomparablement moins élevée que les montants cités ci-dessus. Selon le Sunday Times, le patrimoine personnel d’Elizabeth II s’élevait l’an dernier à près de 440 millions d’euros. Il se compose de biens immobiliers comme le palais écossais de Balmoral, ou le château de Sndringham dans le Norfolk (avec ses 8000 hectares de forêts, de terres agricoles et les fermes attenantes).

Outre une importante collection d’œuvres d’art (7000 peintures, 40 000 aquarelles, dont des Rembrandt et autres Vermeer), elle possède une importante collection de bijoux et des investissements en actions et autres produits financiers. À tout cela s’ajoute une collection de timbres héritée de son grand-père qui à elle seule est estimée à plus de 115 millions d’euros.

Malgré tout cela, Elizabeth II n’était pas la plus grande fortune du Royaume-Uni, tant s’en faut. Selon le classement établit par le Sunday Times il y a 7 ans, elle n’apparaissait même pas parmi les 300 personnalités les plus riches du pays alors qu’elle en occupait la tête en 1989, date de création dudit classement.

Moins riche que la créatrice d'Harry Potter, J.K. Rowling

On a toujours dit d’Elizabeth qu’elle était, dans la vie privée, très économe, pour ne pas dire radine. À la fin de chaque repas, elle veillait personnellement à ce que les bougies soient éteintes et aussi toutes les lampes, le soir, avant le coucher. Tout ceci lui permettait d’économiser, sur ses revenus, une somme annuelle d’environ 2,25 millions d’euros qu’elle plaçait à une Bourse privée qui lui avait rapporté plus de 50 millions d’euros.

Elizabeth avait aussi placé les 500.000 euros qu’en 1952, elle reçut en héritage de son père. Le fruit de ces placements a été estimé à 762 millions d’euros.

Nonobstant quoi, ses revenus annuels furent, en 2002, huit fois moins élevés que ceux de Joanne Rowling, la créatrice de Harry Potter. Cette année-là, les revenus de la reine ne la plaçaient qu'en cinquième position, dans son propre royaume.

Il faut dire que l’année précédente, la reine avait proposé de payer la facture annuelle d’entretien de ses cinq palais et châteaux afin de soulager la charge d’impôts pesant sur ses sujets. L’effort devait porter sur une somme de 23 millions d’euros par an. De la sorte, la reine compensait la subvention annuelle que l’État attribuait depuis 1697 à la monarchie pour l’entretien du palais de Buckingham, du château de Windsor, de Clarence House et des palais de St James et de Kensington.