L'Autrichien Volker Türk proposé comme nouveau chef des droits de l'Homme de l'ONU

Le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres a proposé la nomination de l'Autrichien Volker Türk comme prochain Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme, choix qui sera soumis à l'approbation de l'Assemblée générale jeudi après-midi.

L'Autrichien Volker Türk proposé comme nouveau chef des droits de l'Homme de l'ONU
©AFP

"Le secrétaire général a confiance dans le fait que l'Assemblée générale approuvera sa nomination", pour succéder à Michelle Bachelet qui a terminé son mandat le 31 août, écrit-il dans une lettre adressée à l'Assemblée générale de l'ONU.

L'Autrichien Volker Türk, qui est depuis janvier 2022 secrétaire général adjoint chargé de la politique, a passé l'essentiel de sa carrière dans le système onusien, en particulier au sein du Haut Commissariat pour les réfugiés (HCR) où il avait déjà travaillé en étroite collaboration avec Antonio Guterres lorsque ce dernier en était à la tête.

"Pendant mes 30 années de travail avec les réfugiés au sein du HCR, j'ai vu encore et encore les conséquences des discours de haine et leurs impacts déshumanisants sur les populations", déclarait-il sur Twitter en juillet en relayant la campagne de l'ONU "Non à la haine".

Ce choix effectué par Antonio Guterres d'un diplomate pas connu du grand public contraste avec celui qu'il avait fait il y a quatre ans en souhaitant nommer à ce poste sensible une femme politique puissante, l'ancienne présidente du Chili Michelle Bachelet, toujours pas remplacée une semaine après son départ.

L'Assemblée se prononcera sur ce choix jeudi après-midi, a précisé à l'AFP sa porte-parole Paulina Kubiak.

"Lors de toutes les nominations précédentes, le candidat recommandé par le secrétaire général a été approuvé par consensus", a souligné l'organisation International Service for Human Rights (ISHR) dans un communiqué.

Si sa nomination est approuvée, M. Türk trouvera une table de travail bien garnie. Mme Bachelet a choisi de rendre public quelques minutes avant la fin de son mandat un rapport attendu de longue date sur de possibles crimes contre l'humanité dans la région chinoise du Xinjiang, dont le suivi délicat incombera à son successeur.

Vertement critiqué par la Chine, qui a exercé de très fortes pressions et mené campagne pour en empêcher la publication, ce document de 48 pages a été salué par bon nombre de pays occidentaux qui y voient une base solide pour dénoncer les exactions commises par les autorités chinoises.

"Une voix forte"

Dans ce rapport, l'ONU évoque de possibles "crimes contre l'humanité" et fait état de "preuves crédibles" de tortures et de violences sexuelles à l'égard de la minorité ouïghoure et appelle la communauté internationale à agir.

S'il ne comporte pas de révélations par rapport à ce qui était déjà connu de la situation dans le Xinjiang, ce document apporte le sceau des Nations unies aux accusations portées de longue date contre les autorités chinoises. Il n'emploie toutefois pas le mot de "génocide", utilisé en janvier 2021 par les Etats-Unis et adopté ensuite par les députés d'autres pays occidentaux.

Les organisations de défense des droits humains ont appelé le prochain chef des droits de l'homme de l'ONU à se montrer courageux et à dénoncer des violations même dans les pays les plus puissants.

"Il doit parler haut et fort pour défendre les victimes de violations des droits humains à travers le monde. Elles comptent sur lui pour tenir tête à ceux qui violent les droits humains même si ce sont des Etats puissants", a insisté Agnès Callamard, secrétaire générale d'Amnesty International dans un communiqué.

"Que ce soit pour s'attaquer aux crimes contre l'humanité au Xinjiang, les crimes de guerre en Ukraine et en Ethiopie, ou le racisme aux Etats-Unis, les outils les plus efficaces du chef des droits de l'Homme sont des enquêtes solides et une voix forte", a renchéri Tirana Hassan, directrice exécutive par intérim de Human Rights Watch.

Plusieurs ONG et sources diplomatiques à Genève, où est basé le bureau des droits de l'Homme de l'ONU, se sont montrées très critiques de l'opacité du processus de nomination.

"Le secrétaire général a manqué une occasion-clé de construire la légitimité et l'autorité du prochain Haut-Commissaire", a commenté le directeur exécutif de l'ISHR, Phil Lynch, assurant toutefois que son organisation comme d'autres chercheraient à "travailler étroitement" avec le prochain Haut-Commissaire.