L'après Mélenchon commence à faire débat au sein de La France Insoumise

Jean-Luc Mélenchon sera-t-il reconduit à la tête du parti?

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L'après Mélenchon commence à faire débat au sein de La France Insoumise
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Le souhait exprimé par Jean-Luc Mélenchon d'être "remplacé" pour la présidentielle de 2027 a ouvert un débat inédit au sein de La France insoumise (LFI), entre ceux qui avancent leurs pions et ceux qui estiment que le processus est prématuré.

Le député Alexis Corbière, l'un des plus anciens compagnons de route de celui qui a été candidat à trois reprises (22% en avril dernier), estime bel et bien qu'une "étape nouvelle" a été franchie.

"Pour moi comme pour les autres", précise celui qui définit sa ligne par "le combat pour la République jusqu'au bout: sociale et des droits".

Pour l'élu de Seine-Saint-Denis, "les déclarations de Jean-Luc Mélenchon provoquent une tectonique des plaques de positionnements et de contre-positionnements".

Cela a déjà commencé. Régulièrement depuis la fin de la présidentielle, l'électron libre François Ruffin explique que la gauche ne peut pas gagner si elle ne prend pas en compte les préoccupations et la manière de parler des classes populaires rurales. Il en a même fait un livre, "Je vous écris du front de la Somme" (Les Liens qui libèrent), paru le 7 septembre.

Les proches de Jean-Luc Mélenchon, comme Alexis Corbière et Manuel Bompard, ne s'y sont pas trompés, répliquant que le danger d'une telle démarche était de jeter aux orties les progrès réalisés dans les banlieues.

"On ne peut pas parler que des sujets sociaux... Quand il y a eu le débat sur le séparatisme à l'Assemblée, Ruffin n'était pas là, il est mal à l'aise", critique un cadre de LFI. Un autre rapporte que M. Mélenchon lui-même a été profondément agacé en entendant les griefs du député sur sa campagne présidentielle.

Au sein même de l'appareil insoumis, les langues se délient peu à peu. La députée Clémentine Autain est remontée, à la rentrée, sur son cheval de bataille du manque d'instances de débat stratégique. Une manière de rappeler sa singularité dans l'écurie mélenchonienne.

Le député Adrien Quatennens semblait aussi sur les rangs lorsque, juste après la présidentielle, il a dit que pour trouver le prochain représentant de sa famille politique, "le plus tôt serait le mieux".

"Il y pense et il aurait tort de ne pas y penser, il est jeune, intelligent, talentueux", glisse un de ses camarades insoumis.

Précautions

Alexis Corbière, qui s'est dit "candidat" au débat stratégique qui commence, se pose en garant de la paix du mouvement. "Il faut créer des cadres de discussion pour parler tranquillement, sans petites phrases", de la succession à Jean-Luc Mélenchon. "On a justement le temps, sans élections pendant deux ans".

Il explique que Jean-Luc Mélenchon lui-même ne s'attend pas à ce qu'on demande son autorisation: "Pour moi qui suis un fidèle compagnon depuis 25 ans, combien de fois l'ai-je entendu dire que la première consigne est de ne pas attendre les consignes ?"

Mais certains avertissent que Jean-Luc Mélenchon restera la figure centrale. "Ce qu'il peut représenter par sa personne, l'aura qu'il a dans les strates les plus profondes de la société, personne d'autre que lui ne l'a", juge une députée LFI.

Pour le président LFI de la commission des Finances Éric Coquerel aussi, "la succession de Jean-Luc Mélenchon n'est pas ouverte, il reste celui qui nous fédère, nous et la Nupes".

Il a "assorti son souhait d'être remplacé de précautions", rappelle M. Coquerel. L'ancien président du groupe des députés LFI a en effet dit "ne pas savoir où il serait en 2027", expression qu'il utilise habituellement pour ménager ses possibilités.

"Si personne n'émerge, on ne peut pas empêcher que Mélenchon reste dans le jeu", note un cadre du mouvement. Sans parler d'une nouvelle campagne législative pour devenir Premier ministre, en cas d'une dissolution qu'il considère inéluctable.

Éric Coquerel admet cependant une nouveauté de taille: M. Mélenchon "dit que cette fois-ci, la question du candidat à la présidentielle peut se poser, alors qu'avant il ne se la posait pas, et nous non plus".