Au procès Charlie en appel, Riss défend à nouveau la publication des caricatures: "Ça fait partie de ce pourquoi on se bat"

"Ça fait partie de ce pourquoi on se bat". Au procès en appel des attentats de janvier 2015, Riss, le directeur de Charlie Hebdo, a une nouvelle fois défendu jeudi la publication des caricatures de Mahomet, qui feront "toujours" du journal une "cible".

Au procès Charlie en appel, Riss défend à nouveau la publication des caricatures: "Ça fait partie de ce pourquoi on se bat"
©AFP

Le 7 janvier 2015, il est environ 11h35 quand les frères Chérif et Saïd Kouachi sortent de l'immeuble où ils ont tué un agent de maintenance et décimé la rédaction de l'hebdomadaire satirique en criant "On a vengé le prophète Mahomet ! On a tué Charlie Hebdo !"

Riss, de son vrai nom Laurent Sourisseau, est l'un des rares survivants du massacre.

De la même voix posée que lors du premier procès il y a deux ans, le directeur de la publication de Charlie Hebdo raconte comment, plaqué au sol, il a entendu les tirs "au coup par coup" et attendu son "tour arriver".

Touché à l'épaule par une balle de kalachnikov, il a été hospitalisé et vit depuis l'attentat sous protection policière.

A la barre de la cour d'assises spéciale de Paris, qui rejuge deux proches du tueur de l'Hyper Cacher Amedy Coulibaly, il explique que "les insultes et menaces" envers le journal n'ont pas disparu, que perdure aussi "un climat d'hostilité décomplexée".

"Charlie Hebdo est toujours une cible, Charlie Hebdo sera toujours une cible tant qu'on existera", estime le responsable de l'hebdomadaire, qui avait décidé de republier en septembre 2020, le jour de l'ouverture du procès en première instance, les caricatures de Mahomet.

Quand le journal les publie la première fois en 2006, avec cette Une qui fait dire à Mahomet "+C'est dur d'être aimé par des cons+", personne à la rédaction ne voit "quelque chose de très inquiétant" dans les réactions de colère mondiales et les poursuites intentées en France: la justice leur donnera raison.

Pas plus quand Charlie Hebdo est victime d'un incendie en 2011, assure Riss.

"Pour nous, ce n'était pas dangereux de faire des dessins sur la religion. Ça faisait depuis le milieu du XIXe siècle qu'on n'avait pas mis des dessinateurs en prison, donc les tuer encore moins", souligne le directeur de la publication.

"Le combat continue"

"Le problème, c'est qu'à partir de ce moment-là, la mécanique de mort va commencer, le procès en islamophobie de Charlie Hebdo va commencer, on vous dit islamophobe", relève l'avocat du journal satirique, Me Richard Malka.

Après "le massacre du 7 janvier 2015, on vous rend responsables de ce qui est arrivé", appuie-t-il.

"A Charlie Hebdo, on fait des dessins sur ce qui nous paraît critiquable dans la religion, pas contre la pratique de la religion. Même si c'est très déplaisant d'être accusé d'être responsable de son malheur, moi ça me galvanise", dit Riss.

C'est pourquoi après la mort des dessinateurs Charb, Cabu, Honoré, Wolinski et Tignous, des chroniqueurs Bernard Maris et Elsa Cayat, du correcteur Mustapha Ourrad, de Michel Renaud et du policier affecté à la protection de Charb, Franck Brinsolaro, "il fallait continuer" et que le journal survive.

"Le combat continue car c'est au bénéfice de tous, pas que pour Charlie Hebdo", ajoute Riss.

Tous ces morts, le fait que la rédaction travaille désormais "dans un bunker", les "accusations en islamophobie (qui) ne cessent pas", énumère Richard Malka. "Vous ne regrettez pas d'avoir publié ces caricatures ?"

"On ne regrette pas parce que ça fait partie de ce pourquoi on se bat, de ce à quoi on croit, de l'identité du journal. Si on se met à regretter, il faudrait regretter de faire le journal depuis 1992", assure Riss.

Après son audition, le président donne la parole aux deux accusés. "C'est des choses qui nous dépassent ça", commente Amar Ramdani. "C'est inhumain ce qu'ils ont fait. Courage à lui et aux autres", dit Ali Riza Polat.

Respectivement rejugés pour association de malfaiteurs terroriste et complicité d'assassinats terroristes, ils nient tout lien avec les attentats, qui ont fait au total 17 morts en janvier 2015.

Les auditions de parties civiles se poursuivent jusqu'au 22 septembre.

Fin du procès prévue le 21 octobre.