Quatennens, Bayou: en France, les partis de gauche confrontés aux limites du Metoo politique

Les affaires de violences envers les femmes n'épargnent pas la gauche française.

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Quatennens, Bayou: en France, les partis de gauche confrontés aux limites du Metoo politique
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Un "devoir supérieur" à assumer, non sans "tâtonnements": les affaires Quatennens et Bayou mettent en lumière les ambiguïtés des partis de gauche qui, confrontés à la nouvelle donne Metoo politique, s'efforcent être exemplaires sur la question des violences faites aux femmes.

"Face au questionnement légitime des femmes, des féministes, des personnes qui ont été victimes et qui se sentent blessées à chaque fois qu'une histoire de ce type sort dans les milieux politiques, nous avons un devoir supérieur, un devoir de représentativité" en tant qu'"élus du peuple français", a expliqué mercredi sur franceinfo Sandra Régol, vice-présidente du groupe écologiste à l'Assemblée nationale.

"Notre déontologie politique n'est pas la même que le code pénal", a abondé la vice-présidente socialiste du Sénat, Laurence Rossignol à l'antenne d'Europe 1, pour qui les décisions de sanctions politiques doivent être prises rapidement, en interne, avant l'éventuel temps judiciaire, forcément plus long.

A propos de la figure de la France insoumise, Adrien Quatennens, qui a reconnu des violences conjugales ayant donné lieu au dépôt par sa femme d'une main courante, elle a rappelé que la justice pouvait décider de classer l'affaire sans suite. "Pour autant, les faits sont là, ils ont été identifiés et c'est un représentant politique, dans une formation politique qui s'inscrit dans la lutte contre les violences faites aux femmes (...) donc sa formation politique doit d'abord régler son cas", a-t-elle argumenté.

Le député LFI a annoncé dimanche qu'il se mettait en retrait de son rôle de coordinateur de La France insoumise. Mardi, il a également été mis "en retrait de son travail parlementaire" par le groupe LFI à l'Assemblée, mais "pas interdit d'hémicycle".

Instances dédiées

Parallèlement, après des accusations formulées lundi par la députée écologiste Sandrine Rousseau, révélant des violences psychologiques sur son ex-compagne, le patron d'Europe Ecologie-Les Verts, Julien Bayou, a également subi vingt-quatre heures plus tard une mesure de "mise en retrait" de ses fonctions de co-président du groupe à l'Assemblée cette fois.

"C'est juste nécessaire pour donner un signal", a estimé Sandra Regol, jugeant que "c'est l'inverse qui devrait étonner, vous savez ces ministres qui ne se retirent pas de leurs fonctions, ces partis où on ne prend jamais le thermomètre des violences faites aux femmes".

Même dénonciation de la part de Clémentine Autain, députée LFI mardi, à propos notamment de Damien Abad, accusé de viols par plusieurs femmes mais resté six semaines ministre des Solidarités et toujours député au sein du groupe Renaissance.

Le parti présidentiel dispose de fait d'une cellule "lanceur d'alerte". D'autres partis comme LFI ou EELV se sont dotés d'instances de ce type, y compris avec des pouvoirs d'enquête interne et de sanction mais leur bilan n'est pas toujours concluant.

Le traitement très différent des situations d'Éric Coquerel, proche de Jean-Luc Mélenchon et appelé à devenir président de la commission des Finances à l'Assemblée, et de Taha Bouhafs, qui a perdu son investiture LFI aux législatives, avaient ainsi été critiqué début juillet.

Mais dans le cas d'Adrien Quatennens, "nous avons agi fortement" même si "ce n'est pas parfait", a reconnu Mme Autain sur le plateau de BFMTV. "La vague Metoo est assez récente et toutes ses implications, il faut les intégrer", a-t-elle argumenté.

"Protection du parti"

"Oui, nous assumons que nous tâtonnons, que c'est une question difficile", a également déclaré devant la presse la députée LFI Danièle Obono. "C'est une ligne de crête un peu subtile", a observé Mme Rossignol, reconnaissant par exemple qu'Adrien Quatennens était à l'heure actuelle "dans un no man's land".

C'est aussi la culture au sein des partis qui a la vie dure. L'embarras était visible mardi chez les députées LFI interrogées en conférence de presse sur la réaction de leur leader, Jean-Luc Mélenchon à l'affaire Quatennens dimanche. L'ancien candidat à la présidentielle avait salué "la "dignité" et le "courage" de son camarade.

"La protection du parti, la protection du chef passent souvent avant la cohérence", a regretté Mme Rossignol.

C'est ce "système de protection des agresseurs en politique" que dénoncent plus de 500 militantes féministes dans une tribune. "Lorsqu'un groupe politique porte un programme féministe, notamment sur le plan des droits des femmes et de la lutte contre les violences de genre, on est en droit d'attendre de lui qu'il cesse de protéger les agresseurs et qu'il soutienne inconditionnellement les victimes des violences patriarcales", écrivent-elles.