"J'ai tué ma fille": l'histoire sordide de Saman Abbas, une jeune Pakistanaise tuée par sa famille en Italie

L'affaire de la disparition de Saman Abbas, 18 ans, devrait enfin avancer suite aux aveux de son père. L'histoire de cette jeune Pakistanaise a suscité l'émoi en Italie, où elle aurait été tuée par des membres de sa famille après avoir refusé un mariage forcé dans son pays d'origine, le Pakistan. Retour sur cette sordide affaire.

Ad.R.
"J'ai tué ma fille": l'histoire sordide de Saman Abbas, une jeune Pakistanaise tuée par sa famille en Italie
©AFP

Le nom de Saman Abbas ne vous dit peut-être rien, mais en Italie, cela fait plus d'un an que l'histoire de cette jeune femme de 18 ans fait couler beaucoup d'encre. Pakistanaise vivant à Novellara (Émilie-Romagne), Saman Abbas est portée disparue depuis le 1er mai 2021. La Repubblica annonce ce vendredi que le père de la jeune femme, Shabbar Abbas, a avoué, lors d'un appel téléphonique à un proche, avoir tué sa fille. "Je l'ai tuée pour ma dignité et mon honneur", a déclaré le papa, mis sur écoute par la police.

Un élément qui vient confirmer la thèse privilégiée par la police italienne, selon laquelle Saman Abbas a été assassinée dans la nuit du 30 avril au 1er mai 2021 par plusieurs membres de sa famille, qui ont ensuite fait disparaître son corps.

Pour comprendre ce drame, il faut remonter à l'année 2020, quand les parents et l'oncle de Saman Abbas lui ont fait savoir qu'ils souhaitaient la marier au Pakistan, avec l'un de ses cousins. Mineure à l'époque, la jeune femme a averti les services sociaux italiens. Ceux-ci l'ont placée en novembre dans un foyer, où elle est restée jusqu'au 11 avril 2021. Ce jour-là, elle a décidé de retourner chez ses parents, expliquait l'AFP l'an dernier. Mais sa famille, qui n'acceptait pas son refus de se marier au Pakistan, avait entre-temps découvert via les réseaux sociaux qu'elle avait fréquenté un garçon durant ses quelques mois d'absence du domicile familial. Ce fut la goutte d'eau qui a fait déborder le vase et enclenché le plan morbide des Abbas.

Des images glaçantes

Selon le témoignage du petit frère de Saman Abbas, la famille - les parents, un oncle et deux cousins - s'est réunie le 30 avril 2021 dans l'après-midi pour décider comment elle allait faire disparaître la jeune femme. Ils ont mis leur plan à exécution quelques heures plus tard, en emmenant Saman dans les champs au milieu de la nuit du 30 avril au 1er mai. Des caméras de surveillance, installées à la ferme où vivaient et travaillaient les hommes de la famille, montrent clairement les parents accompagner leur fille, sac sur le dos, à l'extérieur de la propriété à 00:10, et revenir seuls cinq minutes après, le sac à dos de Saman à la main. Avant ça, les mêmes caméras avaient déjà enregistré des images des deux cousins de la jeune Pakistanaise, pelles, grand sac plastique et barre à mine à la main.

Toute la famille a ensuite fui l'Italie, et le 5 mai, quand les policiers italiens sont arrivés au domicile familial pour chercher Saman, l'endroit était complètement vide. Quelques semaines plus tard, le père de la disparue a affirmé à la presse italienne qu'il était rentré au Pakistan avec sa femme pour "un problème familial urgent" et a affirmé que sa fille était "saine et sauve" en Belgique. L'oncle et un des cousins ont eux été arrêtés au cours de ce même mois de mai, dans le sud de la France, alors qu'ils tentaient de rejoindre l'Espagne en bus. L'AFP a rapporté en février dernier que le deuxième cousin soupçonné d'être impliqué dans le kidnapping, le meurtre et la dissimulation du corps de Saman, avait été interpellé près de Barcelone lors d'une opération conjointe avec la police italienne.

Cette dernière n'a jamais retrouvé le corps de Saman Abbas, malgré d'intenses fouilles et recherches aux alentours de la ferme familiale de Novellara. Mais le procès concernant cette affaire sordide, qui s'ouvrira en février 2023, devrait amener les dernières réponses aux questions que pose encore ce drame. Selon les premiers éléments, ce serait l'oncle de la jeune Pakistanaise qui aurait commis le meurtre, avec l'accord des parents et la complicité des deux cousins.