"Froid dans le dos", "Une femme dangereuse", "Ne rampez pas sur les genoux de Poutine": le monde politique belge et européen réagit à la victoire de l'extrême droite italienne

L'extrême droite est sortie gagnante des urnes en Italie. Les politiques belges et européens réagissent. L'inquiétude domine.

V.dL

"Entre le moment où, en 2002, l'onde de choc extrêmement puissante provoquée par le passage au second tour de Jean-Marie Le Pen à la présidentielle française face à Jacques Chirac et celui où, dans une relative indifférence générale, une politicienne italienne néofasciste est en mesure de prendre la présidence du Conseil en Italie, l'Union européenne et ses États membres ont de manière générale été incapables de faire face à la polarisation de la société et la montée des extrémismes." Ainsi commence notre édito de ce lundi matin. Giorgia Meloni, l'icône de l'extrême droite italienne, a remporté les élections. "Cent ans après la Marche sur Rome, 26% des Italiens choisissent un parti post fasciste", interpelle notre correspondante en Italie, Valérie Dupont.

Michela Marzano, chercheuse, philosophe et écrivaine engagée politiquement au sein de la gauche italienne, commentait également le résultat des élections législatives italiennes ce lundi sur les ondes de France Inter. "Je suis effondrée. J'ai peur, j'ai peur pour l'Italie, pour l'Europe, pour les femmes, pour les étrangers, pour les homosexuels. Tout ce qu'elle a dit, Giorgia Meloni va le faire. C'est une femme dangereuse", s'inquiète l'ancienne députée italienne. "La fête est finie. Il va y avoir beaucoup de changements, elle va s'allier avec la Pologne, avec Orban. Ce que je crains le plus, c'est que la politique de l'Europe pour la défense des droits s'affaiblisse. L'Italie, c'est le cœur de l'Europe."


Comme Marzano, certaines personnalités politiques, belges et européennes, ont réagi à la victoire de l'extrême droite italienne.

En Belgique

Ce matin, la gauche belge dégaine les tweets pour s'indigner et s'inquiéter de cette victoire. Elle appelle à se lever, à réagir. Le président du PS, Paul Magnette, demande aux socialistes de reprendre le combat contre le fascisme. "Le résultat des élections italiennes montre que la bête immonde peut toujours resurgir du néant. Nous, socialistes, devons reprendre le combat contre le fascisme et réaffirmer l'absolue nécessité d'un cordon sanitaire contre l'extrême droite", note Magnette.

Son prédécesseur à la tête du parti socialiste a également partagé sa réaction. "Les résultats en Italie font froid dans le dos. 100 ans après la marche sur Rome de Mussolini, l'extrême droite est de retour au pouvoir. Ce résultat nous démontre que la démocratie est fragile et que nous devons nous battre au quotidien pour assurer liberté et prospérité", note Elio Di Rupo.

"Un parti d'extrême droite. Un parti post-fasciste. On se lève, et on se casse?", interpelle la députée écologiste au parlement bruxellois, Margaux De Ré.

Le bourgmestre de Bruxelles Philippe Close (PS) a, à son tour, exprimé sa solidarité aux "camarades italiens". "L'arrivée de l'extrême droite à la tête du gouvernement italien doit nous pousser à défendre toujours plus notre démocratie et notre sécurité sociale. Solidarité avec mes camarades italiens", note le maïeur.

Le député européen du PTB Marc Botenga voit dans le résultat de ce scrutin le résultat de la politique italienne de ces dernières années. "Parti post-fasciste soutenu par milieux d'affaires en tête, raclée pour les partis qui ont imposé le gouvernement Draghi, abstention historique. Le résultat de l'abandon de la classe travailleuse par les partis traditionnels et trente ans de normalisation de l'extrême droite", note le représentant de l'extrême gauche.

Du côté des Engagés, on note la réaction et le questionnement de Catherine Fonck. "Tous les démocrates ont le devoir de se remettre en question. N'est-ce pas d'abord leur comportement politique qui renforce les extrêmes?", interroge la députée fédérale.

Théo Francken, député N-VA, s'est pour sa part plutôt réjoui de la victoire de Giorgia Meloni. "Après la Suède, le centre droit remporte l'Italie. Est-ce que quelque chose sera enfin fait concernant les frontières maritimes ouvertes, la migration illégale ? Je l'espère. Et s'il vous plaît ne rampez pas maintenant sur les genoux de Poutine", tweetait dimanche soir le politique flamand.

En Europe

Sans surprise, Giorgia Meloni a été félicitée par l'extrême droite française. Présente au second tour des présidentielles lors des deux dernières élections, cette dernière ne parvient pour le moment pas à gagner l'Elysée. Elle se réjouit par contre de l'avancée de ses "idées brunes" à travers l'Europe.

"Elle a su tenir bon, elle a su faire l'union : bravo Giorgia Meloni pour cette victoire historique. Bonne nouvelle pour la défense de notre civilisation !", note la Française Marion Maréchal, nièce de Marine Le Pen (RN) et proche d'Eric Zemmour (Reconquête).

Le Premier ministre de la Pologne, Mateusz Morawiecki, a lui aussi félicité la politicienne italienne néofasciste.

>> Notre édito : "Menace brune, sombres desseins"

"La victoire de l'extrême droite en Italie fait vaciller l'Europe alors même que la guerre est à nos portes. Nous vivons un moment de bascule et jamais nos démocraties n'ont été à ce point menacées de notre vivant. Soyons à la hauteur du péril et luttons pied à pied, partout", mobilise le socialiste français Raphael Glucksmann.

Le député européen Pierre Larrouturou attend une réaction de la gauche européenne. "Ce matin en Italie, l'extrême droite s'installe au pouvoir dans l'un des pays fondateurs de l'Europe. Il est urgent que la gauche et les écologistes de notre continent proposent une autre voie, crédible et ambitieuse, pour contrer cette vague brune", s'impatiente le Français.