"Parfois, il faut aussi prendre ses responsabilités": Elisabeth Badinter suscite la polémique au sujet des violences sexuelles

La philosophe Elisabeth Badinter a suscité la polémique auprès de plusieurs féministes et personnalités politiques après son passage dans le matinale de France Inter.

La Rédaction
"Parfois, il faut aussi prendre ses responsabilités": Elisabeth Badinter suscite la polémique au sujet des violences sexuelles
©Screenshot YouTube

Ce mercredi 28 septembre, Elisabeth Badinter, philosophe et spécialiste du siècle des Lumières, était l'invitée de Léa Salamé dans la matinale de France Inter.

La philosophe était invitée pour s'exprimer au sujet de la situation des femmes dans le monde et plus spécifiquement au sujet des manifestations qui secouent la République islamique d'Iran. Tout en pointant la cruauté du gouvernement iranien, Elisabeth Badinter a montré une pointe d'optimisme en relevant le soutien des hommes iraniens aux femmes qui défient les rues avec courage.

La discussion s'est ensuite dirigée vers les "me too" qui bousculent la politique française. Interrogée sur l'Affaire Quatennens, Elisabeth Badinter a directement pointé la radicalité du comportement de Sandrine Rousseau.Se disant choquée par les condamnations publiques de la député à l'égard d'Adrien Quatennens et de Julien Bayou, la philosophe a regretté le mépris actuel pour la justice et a appuyé les craintes du ministre de la justice Éric Dupond-Moretti qui déplore l'apparition d'une justice privée.

Réagissant ensuite aux propos de la sénatrice socialiste Laurence Roussignol qui déclarait que le monde politique devrait bénéficier de son propre code déontologique et marquer une différence avec celui qui se calque sur les décisions pénales, Elisabeth Badinter a créé l'indignation en pointant le problème de la prescription. La philosophe s'est en effet exprimée sur le sujet en déclarant que les victimes de viols devaient « prendre [leurs] responsabilités » et aller porter plainte avant la fin du délai.

"Pourquoi on ne porterait pas plainte avant la prescription ? Parfois, il faut aussi prendre ses responsabilités. Je comprends très bien que pendant un certain temps, voire des années, cela soit impossible à évoquer. Mais quand même dix ans, ce n’est pas si mal !"

Elisabeth Badinter a justifié son propos en appuyant le fait que seuls les crimes contre l'humanité n'étaient pas soumis au régime de prescription. Selon elle, supprimer la prescription pour les crimes à l'égard des femmes reviendrait à comparer les deux crimes.

"Si on en finissait avec la prescription, ça voudrait dire qu'on assimile les violences sexistes à la loi contre les nazis, qui est le crime contre l'humanité. Je trouve que ce n'est pas possible, ça", a-t-elle expliqué. "Les violences faites aux femmes sont punies, mais est-ce des crimes contre l'humanité ? Il ne faut pas exagérer, quand même"

Son intervention a été vivement critiquée sur les réseaux sociaux.Plusieurs femmes politiques se sont insurgées contre ses propos jugés indécents et culpabiliants à 'l'égard des victimes."Commence encore une longue journée à défendre les femmes victimes de violences sexistes sexuelles […] Alors, je vais faire comme si je n'avais pas entendu Elisabeth Badinter, tenter de nous scier les pattes, ce matin sur France-Inter", écrit Laurence Rossignol sur Twitter.

D'autres voix se sont également fait entendre. Parmi elles, celle d'Hélène Devynck, qui a porté plainte contre l’ex-présentateur de TF1, Patrick Poivre d'Arvor, et dont la plainte n'a pas été retenue pour cause de prescription des faits.