Danemark: la Première ministre convoque des élections anticipées pour le 1er novembre

La gauche sortante affrontera un bloc réunissant la droite et l'extrême-droite.

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Danemark: la Première ministre convoque des élections anticipées pour le 1er novembre
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Sous pression d'un ultimatum d'un parti allié, la Première ministre danoise Mette Frederiksen a convoqué mercredi des élections législatives anticipées pour le 1er novembre, avec en vue un duel serré entre la gauche sortante et un bloc réunissant droite et extrême droite.

En place depuis les dernières élections de juin 2019, la cheffe du gouvernement a cédé à l'ultimatum des Radicaux de gauche, qui menaçaient de faire tomber le gouvernement via une motion de censure jeudi si des élections n'étaient pas convoquées.

Les derniers sondages sont très serrés: ils créditent le "bloc rouge" de plusieurs partis de gauche mené par les sociaux-démocrates de 47 à 50%. Contre 49 à 50% pour le "bloc bleu", comprenant notamment le parti libéral, le parti conservateur et trois formations de droite nationaliste.

En sièges, aucun des deux blocs n'aurait de majorité sans le soutien des députés ultramarins (Groenland et îles Féroé) du Folketing, le Parlement danois, selon ces sondages.

Symbole de la sociale-démocratie acquise à la rigueur migratoire au nom de la défense de l'Etat-providence, Mette Frederiksen, 44 ans, reste toutefois la favorite des électeurs pour son poste.

"J'ai informé aujourd'hui la reine que des élections au Parlement allaient être organisées" le 1er novembre, a dit la dirigeante sociale-démocrate lors d'une courte allocution à la presse.

D'après un récent sondage, 49,4% des électeurs la souhaitent pour un deuxième mandat, contre 27,4% pour le conservateur Søren Pape Poulsen et 23,3% pour le libéral Jakob Ellemann-Jensen, tous deux candidats déclarés à sa succession.

Grande adepte des réseaux sociaux, Mette Frederiksen est actuellement aux prises comme d'autres dirigeants européens à la forte inflation qui traverse le continent.

Scandale des visons

Sa gestion globale du pays durant la pandémie a été saluée, mais la Première ministre traîne depuis plus d'un an la casserole de "l'affaire des visons".

Au pays de "Borgen" - surnom de Christiansborg, le siège du pouvoir législatif et exécutif danois - l'affaire a viré au feuilleton politicien.

Confrontée à l'apparition inquiétante d'un variant chez les animaux à fourrure dont le Danemark était jusque là le premier exportateur mondial, Mme Frederiksen avait ordonné leur abattage complet, soit plus de 15 millions de têtes.

Il s'est ensuite avéré que le gouvernement n'avait aucune base légale pour imposer cela aux éleveurs, et l'affaire l'a fragilisé politiquement.

C'est à la suite d'un blâme d'une commission d'enquête pour la gestion du dossier, que les Radicaux de gauche ont commencé à réclamer la convocation d'élections.

"C'est la première fois qu'un scandale juridique conduit plus ou moins directement à des élections, même si la +chute du gouvernement+ se produit au ralenti", relève le constitutionnaliste Frederik Waage.

Mi-septembre, les six partis de l'opposition de droite et d'extrême-droite avaient aussi réclamé des élections anticipées.

Le paysage politique danois est plus éclaté que jamais, avec pas moins de treize partis susceptibles d'obtenir des sièges, selon les sondages.

L'embarras du choix pour un électorat de plus en plus infidèle.

"Les électeurs danois sont plus volatils que jamais. 45% ont changé de partis depuis la dernière fois", souligne le politologue Kasper Hansen, de l'Université de Copenhague.

L'extrême droite a longtemps été dominée par le Parti du peuple danois (DF) qui a soutenu plusieurs gouvernement de droite par le passé. Elle est désormais divisée, avec deux autres formations nationalistes concurrentes, les Nouveaux Conservateurs et les Démocrates du Danemark.

Bracelet électronique

Ces derniers, dont le nom imite celui de l'extrême-droite suédoise des Démocrates de Suède, sont un nouveau parti fondé par l'ancienne ministre de l'Immigration Inger Støjberg.

Après avoir purgé deux mois de bracelet électronique l'an passé à cause d'une décision illégale prise lorsqu'elle était au gouvernement, elle est de retour sur le devant de la scène.

Crédités de 9% dans les sondages, son parti prend notamment des voix aux sociaux-démocrates, souligne M. Hansen.

Pour garder ces électeurs dans le bloc de gauche, les sociaux-démocrates "vont s'en tenir à une position très stricte sur l'immigration (...) et continueront à trouver un moyen d'aider ceux qui sont le plus en difficulté à cause de l'inflation et de la hausse des factures", prédit le politologue.

La participation électorale est traditionnellement élevée au Danemark. En 2019, 84,6% des quelque 4,2 millions d'électeurs s'étaient déplacés pour aller voter.

Pour entrer au Parlement, un parti doit rassembler au moins 2% des votes.