"Bienvenue à Královec!" Quand la République tchèque "annexe" Kaliningrad

Une initiative lancée par des internautes a conduit à l'annexion fictive de l'exclave russe sur la mer Baltique. La satire vise à ridiculiser les simulacres de référendums russes en Ukraine.

"Bienvenue à Královec!" Quand la République tchèque "annexe" Kaliningrad
©Capture d'écran de https://twitter.com/KralovecCzechia

"Après un référendum victorieux, 97,9% des habitants de Kaliningrad ont décidé de rejoindre la République tchèque et de renommer Kaliningrad en Královec". Les dés sont jetés. Sur le compte Twitter de Královec, des photos montrent des foules se réjouissant du rattachement de l'exclave russe à la République tchèque, située à environ 700 kilomètres au sud-ouest. Une autre photo immortalise la signature de l'acte d'annexion par le gouvernement tchèque. Un tournant majeur dans la géopolitique européenne.

Sauf qu’il s’agit évidemment d’une plaisanterie, ou plutôt d’une satire des simulacres de référendums dans les régions ukrainiennes de Donetsk, Louhansk, Zaporijia et Kherson. Les scores staliniens de ces “scrutins” organisés à la hâte dans des territoires en guerre et dépeuplés ont permis à Vladimir Poutine de mettre en scène une cérémonie d’annexion - bien qu’il ne contrôle pas la totalité de ces régions et que son armée subisse une défaite après une autre. L’initiative russe n’est pas reconnue par la majorité de la communauté internationale, Occidentaux en tête.

Dans le cas de Kaliningrad, les internautes tchèques, inspirés par des utilisateurs polonais, se basent sur la fondation de la ville en 1255. Elle avait alors été nommée en l’honneur du roi Ottokar II de Bohème. La revendication artificielle de Kaliningrad par un lien ténu de quelque 800 ans d’âge est une autre manière de ridiculiser les détournements historiques que Vladimir Poutine véhicule dans ses discours belliqueux.

Pour autant, la blague prend de l'ampleur. Depuis sa création le 3 octobre, le compte Twitter @KralovecCzechia est suivi par plus de 70 000 utilisateurs. Une pétition lancée sur le site peticie.com a déjà récolté plus de 17 000 signatures. Un site Internet "Visit Královec" invite au tourisme dans la nouvelle possession tchèque. https://visitkralovec.cz/ Et sur Twitter, encore, le très officiel compte de la présidente de Slovaquie Zuzana Čaputová a considéré payer à Královec une "visite d'Etat. Ou pas." En ajoutant comme commentaire: "Bravo à nos amis tchèques pour démasquer l'absurdité des référendums fictifs russes en Ukraine."

"L'annexion" désormais effective, les internautes ont visiblement de grands plans pour Královec. Ici, des offres immobilières. Là, l'annonce d'une ligne de train directe entre Prague et Královec. Là encore, un cliché du porte-avion tchèque Karel Gott en rade de Královec. Pour un pays enclavé comme la République tchèque, cette ouverture fictive sur la mer Baltique est célébrée sur les réseaux sociaux. Sur Twitter, on annonce aussi le lancement du "seul pipeline qui sera utile pour l'Europe": le Beer Stream 1 à travers la Pologne, qui devrait être opérationnel le 1er janvier 2023.

Dans le monde réel, la République tchèque, héritière avec la Slovaquie des traumatismes du Coup de Prague en 1948 et du Printemps de Prague en 1968, deux opérations brutales menées par les Soviétiques, a apporté un soutien sans faille à l’Ukraine depuis l’invasion du 24 février. Dernièrement, des citoyens ont collecté 1,5 million d’euros pour acheter un char d’assaut T-72 et l’envoyer en Ukraine. Toutefois, le pays est agité par de régulières protestations contre l’inflation et la flambée des prix de l’énergie, portées par des mouvements de Russes en exil et de Tchèques pro-russes.