"Je me suis conduit de façon répréhensible avec une jeune fille de 14 ans": un cardinal au coeur d'une nouvelle affaire de violences sexuelles

Onze évêques ou anciens évêques sont visés, a annoncé la Conférence des évêques de France réunie cette semaine à Lourdes.

(FILES) In this file photo taken on March 23, 2006, Bordeaux Archbishop Jean-Pierre Ricard of France arrives at the Synod Hall at the Vatican. - Jean-Pierre Ricard, a long-standing bishop of Bordeaux who was made a cardinal by Pope Francis in 2016, has admitted to a "reprehensible" act on a 14-year-old, the president of the Bishops' Conference of France, Eric de Moulins-Beaufort, told reporters. Eleven former or serving French bishops have been accused of sexual violence, including the former bishop of Bordeaux who has confessed to assaulting a minor 35 years ago, a senior church body announced on November 7, 2022. (Photo by Patrick HERTZOG / AFP)

La crise que traverse l'Église catholique en France semble sans fin. Plus d'un an après la publication d'un rapport sévère rédigé par la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Église (la Ciase), les révélations et les scandales ne cessent de s'amonceler.

Ce lundi, le président de la Conférence des évêques de France (CEF), Mgr Éric de Moulins-Beaufort, a lu lors d'un point presse à Lourdes un communiqué du cardinal Jean-Pierre Ricard, archevêque émérite de Bordeaux. Ce dernier y reconnaît s'être "conduit de façon répréhensible avec une jeune fille de 14 ans" il y a 35 ans, alors qu'il était curé. "Je m'en suis expliqué avec elle et lui ai demandé pardon. Je renouvelle ici ma demande de pardon, ainsi qu'à toute sa famille", a poursuivi l'archevêque qui a annoncé prendre un "temps de retraite et de prière", en attendant les conclusions de la justice civile et ecclésiale.

Cela n’aura pas empêché Jean-Pierre Ricard, durant sa carrière, d’accepter le titre de cardinal des mains de Benoît XVI en 2006, ni la présidence de la Conférence des évêques de France de 2001 à 2007.

Une saison de scandales

Cette annonce vient alourdir l'automne de l'Église en France. En octobre, on apprenait en effet que Mgr Michel Santier, évêque émérite de Créteil, avait été sanctionné en 2021 par les autorités du Vatican pour des "abus spirituels ayant mené à du voyeurisme sur deux hommes majeurs" dans les années 1990. Il aura fallu attendre octobre de cette année, et une divulgation par la presse de la sanction, pour que l'Église fasse la lumière sur cette affaire. Ce long silence a provoqué une vive colère chez les catholiques.

Outre les cas de Mgr Santier et de Mgr Ricard, neuf évêques ou anciens évêques ont été "mis en cause" devant la justice civile ou la justice de l'Église pour des signalements, a également précisé Éric de Moulins-Beaufort. "Il y a aujourd'hui six cas d'évêques qui ont été mis en cause devant la justice de notre pays ou devant la justice canonique (droit de l'Église, NdlR)." "Deux autres, qui ne sont plus en fonction, font l'objet d'enquêtes aujourd'hui de la part de la justice de notre pays après des signalements faits par un évêque et d'une procédure canonique ; un troisième fait l'objet d'un signalement au procureur auquel aucune réponse n'a été donnée à ce jour et a reçu du Saint-Siège des mesures de restriction de son ministère", a-t-il encore souligné. Sans entrer dans les détails, Éric de Moulins-Beaufort a insisté "sur la grande diversité des situations, des faits commis ou reprochés".

Notons que les 120 membres de la Conférence des évêques de France sont réunis depuis jeudi à Lourdes pour leur assemblée plénière d'automne. Ils ont pour objectif, entre autres, de travailler à des "propositions concrètes" afin d'améliorer la communication et la transparence dans les mesures canoniques (du droit de l'Église) prises à l'encontre de clercs mis en cause dans des affaires de violences sexuelles.

<p>Le cardinal Jean-Pierre Ricard le 28 février 2013 au Vatican</p>