Avec l'Ukraine en toile de fond, les nouveaux défis de la défense française

Emmanuel Macron se rend mercredi sur un bâtiment militaire en rade de Toulon (Var) pour présenter les défis stratégiques majeurs auxquels la France doit faire face, dans une grammaire géopolitique mondiale bouleversée par la guerre en Ukraine.

France's President Emmanuel Macron meets with young Africans, on the sideline of the COP27 climate summit, in Egypt's Red Sea resort city of Sharm el-Sheikh on November 7, 2022. (Photo by Ludovic MARIN / POOL / AFP)

L'invasion du territoire ukrainien par les forces russes le 24 février a donné une tournure violente et concrète à la tendance lourde de ces dernières années, qui ont vu s'intensifier la compétition entre grandes puissances et s'accroître le risque de conflits entre Etats.

Alors que se prépare la Loi de programmation militaire (LPM) qui conditionnera l'avenir des armées jusqu'en 2030, le chef de l'Etat profitera de l'occasion pour annoncer officiellement la fin de l'opération antijihadiste Barkhane au Sahel, neuf ans après l'arrivée des forces françaises du Mali et trois mois après leur départ, a indiqué mardi l'Elysée.

"La dégradation de l'ordre international s'est encore accélérée", constate la Revue nationale stratégique (RNS), dont le chef de l'Etat présentera les grandes lignes et que l'AFP a pu consulter.

En Europe, selon le texte, la Russie déroule une "stratégie de remise en cause de l'ordre de sécurité euro-atlantique" via une "guerre de nouvelle génération" mêlant "menace d'escalade nucléaire" et déploiement de "stratégies hybrides", sous le seuil du conflit armé.

Cette RNS s'imposait aussi alors que débute le second mandat d'Emmanuel Macron, a fait valoir la présidence française.

"La France réaffirme son ambition d'être en 2030 une puissance d'équilibres sur la scène internationale, qui a renforcé son rayonnement et son influence dans ses zones d'intérêt", a souligné un conseiller présidentiel citant le document.

"Elle se veut un des moteurs de l'autonomie stratégique européenne (...) au travers notamment d'une défense européenne crédible, complémentaire de l'Alliance atlantique", a-t-il ajouté.

Sur le plan intérieur, le discours du président intervient alors qu'exécutif, parlementaires et états-majors planchent sur la prochaine loi de programmation militaire (LPM) 2024-2030, qui devra poursuivre l'effort budgétaire en matière de défense initié en 2017.

Le président ne fera toutefois aucune annonce sur la future LPM, qui écrasera les deux dernières années de l'actuelle (2019-2025). Mais le budget défense promet de rester en hausse. "On ne prépare pas une LPM qui rabote la montée budgétaire des dernières années", commentait récemment Sébastien Lecornu.

"La RNS, ça sert à occuper le terrain le temps que la LPM soit prête", estime à cet égard une source sécuritaire.

Stratégies hybrides

L'édition 2022 de la RNS - mise en ligne mercredi en français, un peu plus tard en anglais - confirme les tendances lourdes déjà identifiées en 2017, avec notamment pour la France le besoin d'un modèle d'armée complet.

Mais elle insiste aussi sur certains concepts comme la résilience, l'économie de guerre ou encore l'influence, à la lumière des premiers enseignements du conflit en Ukraine.

Emmanuel Macron a demandé dès juin aux industriels de défense de s'efforcer de produire davantage et plus rapidement, à des coûts maîtrisés, pour faire face à la nouvelle donne géopolitique mondiale.

En 2030, la France devra être en mesure de faire face avec ses alliés à "un éventuel retour d'un conflit interétatique de haute intensité" et aux "stratégies hybrides", passant par la guerre cyber et de l'information, poursuit la RNS.

Dans ce contexte, le discours du chef de l'Etat marquera la fin officielle de la force Barkhane, mobilisée face aux jihadistes liés à Al-Qaïda et au groupe Etat islamique, et "une adaptation significative de nos bases en Afrique", a précisé l'Elysée.

Quelque 3.000 militaires français restent déployés au Niger, au Tchad et au Burkina Faso. Il s'agit désormais de "réduire l'exposition" des forces françaises en Afrique et de se concentrer sur "la coopération et l'appui", en termes d'équipement, de formation ou de renseignement avec les pays partenaires.

Après la remise de décorations puis le discours à bord du Dixmude, un porte-hélicoptères amphibie, le chef de l'Etat sera hélitreuillé à bord du sous-marin nucléaire d'attaque de nouvelle génération Suffren. Il se rendra ensuite sur la base du Commando Hubert (forces spéciales) à Saint-Mandrier-sur-Mer, près de Toulon.