Projet d'attaque contre Macron en 2018: 13 personnes bientôt jugées en correctionnelle

Treize personnes membres du groupe proche de l'extrême droite identitaire des "Barjols", soupçonnées d'avoir envisagé une attaque contre Emmanuel Macron en 2018, ont été renvoyées par des juges antiterroristes devant le tribunal correctionnel de Paris.

France's President Emmanuel Macron walks away after delivering a speech during a meeting with managers of the industrial sites to reduce carbon intensity in France, at the Elysee Palace in Paris on November 8, 2022. (Photo by MOHAMMED BADRA / POOL / AFP)

Ces onze hommes et deux femmes seront jugés à Paris pour le délit d'association de malfaiteurs en vue de la préparation d'actes de terrorisme, lors d'un procès prévu entre le 17 janvier et le 2 février prochains, a appris l'AFP mercredi de source proche du dossier.

Seul l'un d'eux est actuellement en détention provisoire, les autres sont sous contrôle judiciaire.

Dans cette affaire, une information judiciaire avait été ouverte peu après l'arrestation le 6 novembre 2018 de plusieurs sympathisants de l'extrême droite radicale.

Les investigations avaient ensuite mené à la mise en examen de 14 personnes au total, pour association de malfaiteurs terroriste criminelle, passible des assises.

Mais à l'issue de près de quatre ans d'instruction, le Parquet national antiterroriste avait demandé une requalification des faits pour que douze personnes soient jugées pour association de malfaiteurs terroriste délictuelle, infraction jugée devant le tribunal correctionnel. Le Pnat avait par ailleurs requis un non-lieu pour deux autres personnes.

Finalement, les juges d'instruction ont décidé de renvoyer devant le tribunal correctionnel treize personnes et ordonné l'abandon des poursuites pour la quatorzième.

Dans leur ordonnance datée du 8 novembre, dont l'AFP a eu connaissance, les magistrats soulignent qu'"il est établi que les projets d'actions violentes conçus par les membres du groupe des Barjols (...) visaient exclusivement à troubler gravement l'ordre public par l'intimidation ou la terreur".

Et ce, d'une part, "en conduisant des actions violentes à l'encontre du chef de l'Etat et des membres du gouvernement afin de renverser par la force les institutions et d'autre part en visant des lieux symboliques tels que des mosquées ou des groupes spécifiques tels que les migrants afin d'infléchir la politique conduite par le gouvernement".

Les enquêteurs s'étaient décidés à intervenir après avoir appris le déplacement d'un des administrateurs du groupe Facebook des Barjols, Jean-Pierre Bouyer, un retraité isérois, dans l'est de la France où Emmanuel Macron se trouvait pour son périple mémoriel sur le centenaire de la fin de la Grande guerre.

Dans une conversation interceptée par les policiers, ce retraité avait évoqué l'idée de s'en prendre au chef de l'Etat avec un couteau en céramique, non détectable par les contrôles de sécurité. Dans le véhicule avec lequel il s'était rendu en Moselle avaient été découverts notamment un poignard dans son étui et une bible.

Sollicitée par l'AFP, son avocate n'a pas souhaité faire de commentaires.

"Putsch militaire"

Selon l'ordonnance, les Barjols, "un groupe d'ultradroite, nationaliste", "projetaient de prendre part à un projet de putsch militaire, avec prise de l'Elysée et renversement du gouvernement par la violence" et "ne cessaient d'annoncer la guerre civile qui se profilait en France".

Un groupe Facebook avait été créé en 2017, puis une association déclarée en préfecture en août 2018.

Outre le projet d'assassinat de M. Macron, les mis en cause, dont certains ont suivi des entraînements paramilitaires, avaient aussi évoqué lors de leurs réunions d'autres projets d'action violente: brûler des mosquées, assassiner des migrants dans des camps, enlever des députés ou encore fabriquer des explosifs.

Depuis 2017, une dizaine de procédures en lien avec l'ultradroite ont été ouvertes au pôle antiterroriste de Paris. Une menace "prise très au sérieux" et qui "monte en puissance", selon un magistrat antiterroriste parisien.

Un autre dossier d'ultradroite, celui du groupuscule baptisé OAS, aurait pu être jugé aux assises mais a été correctionnalisé.

A l'issue de ce premier procès pour terrorisme d'ultradroite tenu en France depuis 2017, le fondateur du groupe, un admirateur du néo-nazi norvégien Anders Breivik, a été condamné à Paris à neuf ans de prison.