"Ah bah, t'entends pas? Tu seras pas sauvé": des révélations sur le naufrage de migrants dans la Manche "consternent" les associations

Plusieurs associations d'aide aux migrants ont dit lundi leur "consternation" après les révélations jugées "insupportables" du journal Le Monde sur les conditions du naufrage survenu en novembre 2021 dans la Manche où 27 personnes ont péri.

<p>Des migrants attendent l'aide du navire Abeille Languedoc après que le générateur de leur bateau soit tombé en panne dans les eaux françaises alors qu'ils tentaient de traverser illégalement la Manche vers la Grande-Bretagne, au large de Boulogne-sur-Mer, dans le nord de la France, le 9 mai 2022</p>

"C'est la consternation de voir qu'il y a eu beaucoup d'énergie donnée par les deux côtés, français et britannique, pour démontrer que c'était à l'autre partie de prendre en charge le secours et le sauvetage", a commenté Lydie Arbogast, responsable des questions européennes à la Cimade, association de soutien aux migrants et réfugiés.

Celle-ci dénonce "la militarisation de cette frontière" alors que France et Royaume-Uni ont scellé lundi un nouvel accord contre les traversées de migrants dans la Manche.

Dans son édition en date de lundi, Le Monde affirme que les passagers d'un "small boat" qui a fait naufrage dans la nuit du 23 au 24 novembre 2021 dans la Manche ont appelé à une quinzaine de reprises les autorités françaises pour leur demander de l'aide. Sans succès.

Le journal, qui dit avoir consulté des éléments de l'enquête judiciaire menée à Paris, suggère aussi que les secours français ont attendu que les naufragés dérivent dans les eaux anglaises.

Dans une conversation téléphonique avec le CROSS, dont l'AFP a eu connaissance, un migrant déclare: "Au secours s'il vous plaît (...) je suis dans l'eau". "Oui, mais vous êtes dans les eaux anglaises Monsieur", lui répond son interlocutrice. "Non, non pas les eaux anglaises, les eaux françaises, s'il vous plaît pouvez-vous venir vite", supplie-t-il encore, avant que la conversation ne soit coupée.

"Ah bah, t'entends pas, tu seras pas sauvé. J'ai les pieds dans l'eau, bah je t'ai pas demandé de partir", dit alors l'opératrice.

Les retranscriptions de conversations laissent toutefois apparaître que le CROSS a contacté à plusieurs reprises les garde-côtes britanniques.

"On est horrifiés. Ce que cela décrit, c'est l'absence complète de coordination des opérations de sauvetage en mer et leur banalisation, qui fait que personne n'a pris la mesure du danger pour les personnes", a commenté Delphine Rouilleault, directrice générale de France Terre d'Asile, qui regrette que l'accord entre Paris et Londres ne pose pas la question de la coordination.

"Le contenu des échanges publiés est insupportable", a jugé l'association Utopia 56, qui aide les personnes exilées. "Les familles des victimes demandent à ce que la France et le Royaume-Uni reconnaissent leurs responsabilités dans ce drame".

"Les équipes du CROSS Gris Nez mettent tout en oeuvre pour sauver des vies humaines au quotidien, c'est leur crédo. Pour avoir passé une nuit avec eux, ils ont tout mon soutien", a déclaré à l'AFP le vice-amiral d'escadre Marc Véran, préfet maritime de la Manche et de la mer du Nord, ajoutant que "seule (l'enquête) permettra d'établir les faits" sur "(ces) tristes évènements".

Entendus comme témoins fin 2021 par les enquêteurs, plusieurs membres du CROSS ont souligné la hausse du nombre d'opérations de sauvetage et le manque de moyens pour les assurer.

"Le dispositif mis en place par l'Etat est le suivant, deux moyens nautiques et un moyen aérien, alors qu'il y a parfois 30 à 50 embarcations sur l'eau donc c'est largement insuffisant", a ainsi affirmé en décembre dernier Nicolas H., administrateur des affaires maritimes.