Réforme des retraites : 25 % de grévistes à midi pour la 9e journée de mobilisation, Charles III se rendra quand-même en France dimanche

Voies de chemin de fer bloquées, trafic perturbé, grèves : pour cette neuvième journée d'action contre la réforme des retraites, les syndicats tablent sur une forte mobilisation, au lendemain d'une intervention du président de la République qui a hérissé les opposants.

Cette journée est la première organisée au niveau national après l'adoption de la loi via l'arme constitutionnelle du 49.3, le 16 mars. Des blocages et perturbations multiples dans des secteurs allant des carburants aux transports, universités naissent ou perdurent partout en France jeudi.

A la SNCF, seule la moitié des TGV Inoui et Ouigo et le tiers des TER roulent. A midi, la SNCF compte 25 % de grévistes, selon une source syndicale citée par l'AFP. A Quimper, des manifestants ont bloqué les accès à la gare et occupé les voies depuis l'aube. Les dépôts de bus sont bloqués par des manifestants à Rennes, Saint-Brieuc et Evreux.

Plusieurs centaines de manifestants protestant contre la réforme des retraites ont envahi les voies Gare de Lyon, à Paris, interrompant la circulation des trains, a constaté un journaliste de l'AFP. Suite à une assemblée générale interprofessionnelle, quelque 800 personnes - cheminots, personnels de santé, professeurs, élus... - ont investi les voies vers 11H30, dans les fumigènes et les pétards.

Sont présents, entre autres, les députés Eric Coquerel et Thomas Portes et la députée européenne Manon Aubry (tous LFI), a remarqué le journaliste. Les trains affichent 30 minutes de retard, selon SNCF Gares & Connexions. Ailleurs en France, la SNCF a recensé des manifestations "ponctuelles, comme à Nice et Toulouse par exemple, qui impactent pendant quelques minutes uniquement nos circulations", selon un porte-parole.

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Situation critique pour les aéroports

L'approvisionnement en kérosène de l'Ile-de-France et de ses aéroports par la Normandie "devient critique" en raison des grèves dans les raffineries, a indiqué jeudi à l'AFP le ministère de la Transition énergétique qui est prêt à faire réquisitionner des grévistes. Compte tenu de cette situation, le gouvernement a "pris un arrêté de réquisition" à l'égard des grévistes de la raffinerie TotalEnergies de Normandie, mise à l'arrêt le week-end dernier et où les expéditions de carburants sont bloquées.

La Direction générale de l'Aviation civile demande aux compagnies d'annuler à nouveau 30% de leurs vols à Paris-Orly vendredi et 20% dans d'autres aéroports en raison de la grève de contrôleurs aériens contre la réforme des retraites, a annoncé jeudi cette administration. Les aéroports concernés en région par la suppression d'un vol sur cinq seront Marseille-Provence, Bordeaux-Mérignac et Lyon-Saint-Exupéry, et ce aussi bien vendredi que samedi, a précisé la DGAC dans un communiqué. A Orly, la situation s'améliorera samedi pour les voyageurs avec 15% des vols annulés, selon la même source.

Pour le ministre du Travail Olivier Dussopt, "à l'issue d'une mobilisation, d'un conflit comme celui-ci, on ne peut pas penser qu'on va effacer les choses". "Il y a un avant et un après, il y a un désaccord qui va persister sur l'âge de départ" à la retraite "mais il y a des sujets qui permettent de renouer avec un dialogue", a-t-il dit sur RTL jeudi.

A la mi-journée mercredi, sur TF1 et France 2, Emmanuel Macron n'avait pas dévié de son cap, réaffirmant que la réforme était "nécessaire", égratignant au passage les syndicats, et particulièrement la CFDT, accusés de ne pas avoir su "propose(r) un compromis".

"Cibler la CFDT, c'est idiot. Je n'ai jamais renoué le dialogue en mettant une gifle à quelqu'un", a répondu Laurent Berger, dirigeant de la CFDT, jeudi sur BFMTV et RMC. Les propos du chef de l'Etat ont "sans doute renforcé la détermination pour les manifestations aujourd'hui, que j'espère nombreuses, pacifiques et responsables".

Alors que depuis une semaine, les manifestations sont quotidiennes à travers le pays, et parfois émaillées de tensions, le chef de l'Etat a dit ne pouvoir accepter "ni les factieux ni les factions" et risqué une comparaison avec les événements du Capitole lors de l'élection de Joe Biden aux Etats-Unis.

Blocage et manifs dans les lycées et universités

Les syndicats ont dénoncé à l'unisson le "mépris" et le "déni" du chef de l'Etat, attendu jeudi en début d'après-midi à Bruxelles pour un conseil européen. Sans avancer de chiffre de manifestants, les responsables syndicaux appellent de nouveau à une mobilisation "massive".

La police prévoit "entre 600 et 800.000 personnes sur environ 320 actions", dont 40 à 70.000 à Paris, où le cortège s'élancera à 14H00 de la place de la Bastille, en direction de la place de l'Opéra. Environ 500 gilets jaunes et 500 éléments radicaux sont attendus à Paris, et "en province plus d'une dizaine de villes verront des démonstrations de l'ultra gauche", selon la police.

21,41 % d'enseignants sont en grève, dont 23,22% dans le primaire et 19,61% dans le secondaire (collèges et lycées), selon les chiffres du ministère de l'Education. Ces taux sont en-deçà de ceux des syndicats: le Snuipp-FSU, première organisation dans les écoles maternelles et élémentaires, évalue qu'entre 40 et 50% des professeurs du primaire sont en grève et le Snes-FSU, premier syndicat du secondaire, a donné jeudi un taux de 50% de grévistes chez les professeurs et autres personnels de l'éducation.

Des dizaines de lycées et établissements universitaires sont le théâtre jeudi d'actions de protestation, à l'appel de différentes organisations de jeunesse, a constaté l'AFP. A Paris, l'accès à plusieurs lycées était barré par des jeunes, souvent juchés sur des poubelles, notamment à Louis-le-Grand (5e arrondissement), Rodin (12e), Jules Ferry (9e), Racine (8e), Bergson ou Brassens (19e).

Devant Louis-le-Grand, 150 à 200 personnes étaient rassemblées, avec des pancartes "Macron démission" ou "La retraite avant l'arthrite", scandant "Paris, Paris soulève toi", selon une journaliste de l'AFP. "On est en désaccord avec différentes actions du gouvernement, dont l'utilisation abusive du 49.3", a déclaré Emma, élève de khâgne, 19 ans. Au lycée Rodin, une centaine de jeunes organisaient un barrage filtrant devant les grilles, où sont accrochées des pancartes "Température ambiante: 49.3 C" ou "L'eau bout à 100 degrés, le peuple à 49.3".

"Depuis une semaine, on note une effervescence populaire car le 49.3 ne passe pas. On continue à se battre, on n'a pas le choix", déclare à l'AFP Manès Nadel, responsable fédéral Paris de La Voix lycéenne.

Le syndicat étudiant L'Aternative comptabilisait quelque 80 écoles et universités mobilisées en France, dont une soixantaine bloqués au moins partiellement ou occupés. La fac de droit d'Assas, à Paris, était notamment bloquée pour la première fois depuis le début du mouvement sur les retraites, avec une centaine d'étudiants présents devant une banderole "Grève générale, Assas la rouge", a contaté l'AFP.

A Marseille, un rassemblement s'est tenu sur le parvis du lycée Thiers (centre-ville) et les accès à la fac Saint-Charles sont bloqués. "Il y a beaucoup de colère, en raison aussi de la garde à vue de d'étudiants et de la répression policière", témoigne Grégoire, étudiant en informatique.

A Lyon, la direction de l'Ecole normale supérieure (ENS) a annoncé l'annulation des cours après le blocage de l'accès à deux sites.

A Toulouse, l'entrée de l'université de Toulouse-Mirail était elle aussi bloquée, selon des étudiants sur place, tout comme Sciences Po Toulouse, l'école d'ingénieurs Insa et le lycée Saint-Sernin (centre-ville). Les deux autres facs de la ville fonctionnent en revanche - malgré un vote d'étudiants en AG la veille - en raison d'un nombre insuffisant d'étudiants mobilisés.

A Rennes, plusieurs lycées étaient bloqués et les cours suspendus à l'université de Rennes-2, fer de lance de la contestation.

Visite de Charles III : pas de changement

Le gouvernement britannique a indiqué jeudi "ne pas être au courant d'un quelconque changement de plan" concernant la visite de Charles III en France. Le roi Charles doit arriver dimanche en visite d'État, qui risque d'être perturbée par des protestations. "Je ne suis pas au courant d'un quelconque changement de plan", a cependant indiqué jeudi un porte-parole de Downing Street.

Le monarque est attendu en France dans le cadre de sa première visite d'État depuis son accession au trône en septembre. Accompagné de son épouse la reine Camilla, il y restera jusqu'au 29 mars avant de se rendre en Allemagne jusqu'au 31.

Charles III doit notamment assister avec le président Emmanuel Macron à une cérémonie sous l'Arc de Triomphe et participer à un banquet au château de Versailles, près de Paris, avant de se rendre à Bordeaux (sud-ouest).

Le programme pourrait toutefois être perturbé, les syndicats mobilisés contre la réforme des retraites en France ayant déjà annoncé que la visite royale était "dans leur viseur".

Le palais de Buckingham assure suivre la situation de près.

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