La Turquie donne son feu vert à l'adhésion de la Suède à l'Otan, après avoir joué avec les nerfs des Alliés jusqu'à la dernière minute
Alors que la Turquie bloquait la demande d'adhésion de la Suède à l'Otan depuis plus d'un an, le président turc Recep Tayyip Erdogan a finalement donné son accord pour soumettre l'adhésion de la Suède au Parlement. Non sans avoir soumis une condition de dernière minute, liée à l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne.

- Publié le 10-07-2023 à 23h32

Après plus d'un an de blocage, le président turc Recep Tayyip Erdogan aura fini par donner son accord politique pour soutenir l'adhésion de la Suède à l'Otan, pile à temps avant le sommet de l'Allliance qui se tient à Vilnius ce 11 et 12 juillet. C'est une "étape historique qui bénéficie à la sécurité de tous les Alliés en cette période critique. Elle nous rend tous plus forts et plus en sécurité", a salué le secrétaire général de l'Otan Jens Stoltenberg.
"Je suis prêt à travailler avec le président Erdogan et la Turquie au renforcement de la défense et de la dissuasion dans la zone euro-atlantique", a de son côté affirmé le président américain Joe Biden dans un communiqué, en se disant "impatient" d'accueillir la Suède comme 32e Etat membre de l'Otan. Le Premier ministre belge Alexander De Croo s'est également félicité du "premier succès" du sommet de Vilnius.
Un succès qui était loin d'être garanti, quelques heures plus tôt. Lundi dans la journée Recep Tayyip Erdogan avait jeté un froid sur les perspectives d'un règlement rapide de ce dossier, en posant une condition de dernière minute pour le moins étonnante. "Ouvrez d'abord la voie à l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne et, ensuite, nous ouvrirons la voie à la Suède", avait lancé l'homme fort d'Ankara, avant d'arriver dans la capitale lituanienne en fin d'après-midi, pour une rencontre avec le Premier ministre suédois Ulf Kristersson, en présence du secrétaire général de l'Otan, Jens Stoltenberg.
Cette demande turque, encore jamais formulée par M. Erdogan, a laissé les Alliés quelque peu ébahis. Certes, la Turquie est officiellement candidate à l'adhésion à l'Union européenne depuis 1987, mais ce processus est aujourd'hui complètement à l'arrêt, vu l'absence d'ambition turque et la dérive autoritaire de Recep Tayyip Erdogan. Un chemin qui éloigne plus qu'il ne rapproche Ankara de l'UE et de ses valeurs. Et quoi qu'il en soit, l'Union européenne et l'Otan sont deux institutions distinctes. Le chancelier allemand Olaf Scholz a précisé lundi que les négociations d'adhésion de la Turquie à l'UE n'étaient "pas un sujet lié" à l'entrée de la Suède dans l'Otan. Même message du côté de la Commission européenne. "Nous ne pensons pas que cela doit faire obstacle à une adhésion de la Suède à l'Otan", a également déclaré le porte-parole du département d'État.
Tout en disant "soutenir les ambitions de la Turquie de devenir membre de l'Union européenne", Jens Stoltenberg a rappelé que cela ne faisait (forcément) pas partie de l'accord trilatéral, convenu en juillet 2022, entre Ankara, Stockholm et Helsinki. La Finlande avait depuis obtenu le feu vert turc et rejoint l'Alliance, mais pas la Suède. Celle-ci restait donc toujours tributaire des demandes et des humeurs de Recep Tayyip Erdogan.
Un dernier coup de poker
Comment expliquer cette dernière sortie du président turc? Certains craignaient qu'elle n'ouvre une nouvelle saga, marquée cette fois par des demandes surréalistes de M. Erdogan, qui mettrait ainsi à mal le processus d'élargissement de l'Otan et donc son unité, à un moment clé de l'histoire. In fine, cela aura été un dernier épisode du show Erdogan - c'était d'ailleurs la version privilégiée par Olaf Scholz et Jens Stoltenberg, qui se montraient toujours optimistes lundi quant à une issue favorable des négociations. Ankara aura tenu en haleine l'Otan et la Suède, tout en obtenant in extremis aussi un signal positif de la part de l'UE. A l'issue d'une rencontre lundi, le président turc et le président du Conseil européen Charles Michel ont en effet convenu de "redynamiser" les relations entre l'Union et la Turquie.