Pour de nombreux journaux, ce deuxième confinement marque une nouvelle rupture dans une année déjà éprouvante, comme pour les Dernières nouvelles d'Alsace, pour qui "il s'agit de se cloîtrer une nouvelle fois. De se couper du monde, des siens, de sa famille, et c'est un crève-coeur en même temps qu'une profonde douleur pour des millions de français déjà en situation de précarité."

Libération, en une, se lamente du "Jour sans fin" dans lequel semble plongé le pays. Le quotidien souligne la "leçon d'humilité" que constitue cette pandémie, la France présentant un bilan épidémique équivalent, voire plus grave, que celui de ses voisins.

Pour l'éditorialiste Maurice Bontinck, dans la Charente Libre, "ce deuxième confinement sera beaucoup plus violent, dévastateur, sordide, sacrificiel même, pour une partie de la population vacillante au printemps pour finir à terre cet hiver."

L'incertitude et l'anxiété qui accompagnent cette décision se retrouvent à la une des Echos, où trois mots prononcés mercredi soir par Emmanuel Macron ressortent : "Nous devons tenir".

Tenir, pour La Croix, c'est faire face à "une épreuve de cohésion" alors que les oppositions se manifestent de plus en plus dans la "nervosité" ambiante. Pour le quotidien catholique, le "tableau sombre" dépeint par Emmanuel Macron au début de son allocution répondait à un seul objectif: "convaincre les Français qu'il n'y avait pas d'alternative au retour du confinement."

L'incertitude est également au coeur du propos de Patrice Moyon, éditorialiste pour Ouest-France, qui y voit une occasion de citer le poète du XIXe siècle Alfred de Musset : "L'incertitude est de tous les tourments le plus difficile à supporter". Il ajoute ensuite : "Pendant quelques semaines et peut-être quelques mois, il faudra donc composer avec de multiples inconnues. (...) Les Français, dans les grandes villes et plus particulièrement à Paris ont aussi leur part de responsabilité. Certains pensaient que la crise était terminée. On y entre."


Macron "l'équilibriste"

Pour Ouest-France, la gravité de la situation impose un comportement collectif exemplaire, et c'est aussi l'injonction qu'on retrouve dans la Presse de la Manche : "Il nous faut être unis et solidaires pour gagner le défi auquel nous sommes violemment confrontés. (...) Lorsqu'un pays est confronté à une crise de cette ampleur, il lui faut, pour gagner, se rassembler et faire front. Répondons présent."

Franz-Olivier Giesbert va plus loin dans les pages de la Provence, et s'en prend à ceux coupables des "errements du printemps". "Si l'on veut en finir avec ce virus dont la deuxième vague risque d'être plus mortifère que la première, il est temps de sortir de la société à irresponsabilité illimitée, au pays gaulois de l'individualisme-roi."

Le président s'est livré là à un numéro d'"équilibriste" selon Olivier Biscaye, dans les colonnes du Midi libre, qui y voit une synthèse du "en même temps macroniste". "Confiner sans priver les Français de toutes leurs libertés. Confiner et permettre aux élèves de poursuivre une scolarité normale. Confiner et laisser à l'économie une chance de se relever après des mois de difficultés persistantes."

Le ton est différent dans le Courrier picard, qui juge que M. Macron "a tenté de désamorcer à l'avance tout risque de colère ou de contestation, en offrant cette fois un visage plus compréhensif que guerrier."

"Mais à quoi a servi l'été ?" s'interroge Le Figaro, par la plume d'Alexis Brézet, son directeur de publication. "Mais il n'est plus temps de regretter... Agissons, enfin ! Rattrapons le temps perdu ! (...) Ce deuxième acte est un drame national; un troisième serait une tragédie."

Le constat est partagé par Philippe Bour, dans le Républicain lorrain, pour qui "un fait semble évident : davantage que le confinement, c'est le déconfinement qu'il faut réussir. L'exécutif devra en tirer les leçons, chacun de nous aussi."

Eric Dussart souhaite aussi se tourner vers l'avenir dans la Voix du Nord, et il en profite pour insister sur les expériences passées et présentes pour ce faire. "Maintenant, on sait. On a désormais suffisamment de recul, et surtout de faits constatés, pour comprendre que le Conseil scientifique, par exemple, avait raison d'alerter dès la mi-juillet, et encore à la rentrée, que l'automne serait difficile, que la deuxième vague n'était pas une vue de l'esprit. Et qu'il était parfaitement déplacé de le moquer."