Si souvent acerbe en critiques à propos des religions, Riss de Charlie Hebdo s'en prend cette fois aux "nouveaux censeurs" dans son dernier édito "Les nouveaux visages de la censure", cinq ans après l'attentat qui a décimé la rédaction.

Les religions ont souvent été le cheval de bataille de Charlie Hebdo. Cette fois-ci, Riss, qui a survécu aux attentats de Charlie Hebdo il y a cinq ans, a une nouvelle cible dans le viseur: "Nous avons cru que seules les religions avaient le désir de nous imposer leurs dogmes (NDLR de limiter leur liberté d'expression). Nous nous étions trompés." Morceaux choisis d'un édito au vitriol.

Les réseaux sociaux, ce fléau

Cible prioritaire: les réseaux sociaux. Et ils en prennent pour leur grade. "Le développement des réseaux sociaux a permis de diffuser des opinions très diverses, parfois enrichissantes, mais parfois obscures, appelant à boycotter, à dénoncer, à fustiger les points de vue atypiques, non conformistes, ou simplement maladroits." Selon le dessinateur, Charlie a bien évidemment été la cible de ces nouveaux diktats de la pensée. Il poursuit: "Charlie Hebdo a évidemment été la cible de ces nouveaux censeurs qui, d’un clic, se transforment en prophètes de leur propre religion, et lancent des fatwas contre des blasphémateurs qui s’ignorent."


"Tous ces petits connards et toutes ces petites connasses (...) qui se croient les rois du monde derrière le clavier de leur ­smartphone"

S'il s'insurge contre "Tous ces petits connards et toutes ces petites connasses qui pérorent à longueur de pétitions débiles, de proclamations sentencieuses, et qui se croient les rois du monde derrière le clavier de leur ­smartphone", il avoue également que cela permet à Charlie Hebdo de, justement, pérenniser et de les caricaturer. Riss va même plus loin et annonce que "cette époque n’a jamais été aussi exaltante."

Le Français estime également que le politiquement correct a aujourd'hui changé de visage. Auparavant, il s'agissait de "combattre le racisme, la misogynie ou l’homophobie, ce qui en soi était plutôt logique et évident." Aujourd'hui, "le politiquement correct nous impose des orthographes genrées, nous déconseille d’employer des mots supposés dérangeants, nous demande de ne plus manger ceci ou de ne plus fumer cela. Dans notre intérêt, bien évidemment." En d'autres mots, si le politiquement correct prôné par la gauche servait à lutter contres les injustices sociales, elle aurait changé de sens aujourd"hui car, toujours selon Riss, "la division de la société (...) est désormais verticale, entre des catégories de genres et d’identités. La gauche qui se croit progressiste est alors devenue obsédée par les races, les couleurs de peau, les cheveux lisses ou crépus. Qui l’eût cru ?"

Malgré ce papier assez acerbe, le rédacteur en chef du journal satirique termine sur une note quelque peu "positive": "Heureusement, il reste le plaisir. Le plaisir de dire merde à ces nouveaux gourous de la pensée formatée. Hier, on disait merde à Dieu, à ­l’armée, à l’Église, à l’État. Aujourd’hui, il faut apprendre à dire merde aux associations tyranniques, aux minorités nombrilistes, aux blogueurs et blogueuses qui nous tapent sur les doigts comme des petits maîtres d’école quand au fond de la classe on ne les écoute pas et qu’on prononce des gros mots : 'couille molle, enculé, pédé, connasse, poufiasse, salope, trou du cul, pine d’huître, sac à foutre.'

Clairement Riss ne porte pas les réseaux sociaux dans son cœur mais ils lui permettent au moins de penser que "Charlie Hebdo a encore de belles années devant lui."