Blanka, Anastasia et Maïa ont 15, 16 et 17 ans. Elles représentent la France, le Japon et le Koweït. Pas à l’Eurovision, non, mais lors d’une réunion plus diplomatique, plus politique, le MunUccle (Mun pour Modelisation of United Nations) organisé, cette année, à Bruxelles. Il s'agit d'un jeu de rôle réunissant une centaine d’élèves du monde entier, qui se glissent dans la peau d’un(e) représentant(e) diplomatique d’un pays.

Ces trois jeunes Bruxelloises n’ont en fait aucun lien avec les pays représentés, elles n’en avaient que très peu de connaissance jusqu’il y a peu. “C’est là tout le challenge puisque nous devons défendre des positions qui ne sont pas forcément les nôtres, se réapproprier des idées qui ne sont pas les nôtres, apprendre des choses sur ces nations, étudier le terrain diplomatique pour former de potentielles alliances avec ceux qui pourront être d’un grand secours lors du vote de résolutions”, explique Anastasia, représentante du Japon. “Il y a encore quelques mois, je ne connaissais même pas l’existence du Koweït”, confie d’ailleurs Blanka, qui a dû représenter la petite péninsule arabique.

Les travaux avaient comme thématique centrale la question des minorités : “comment les protéger sans toucher aux frontières”. “J’ai eu du boulot pour défendre les Bretons, les Basques ou les Corses”, raconte, en souriant, Maïa. Pour Blanka, c’est principalement la question "sunnites-chiites" qui alimenta les discussions. Anastasia explique qu’elle n’avait pas réellement de matière à ce propos, “mais j’ai dû utiliser cette question pour soutenir certaines nations qui en avaient et, en échange, obtenir leur soutien dans des combats qui préoccupent davantage le Japon que je représentais”.C’est tout l’intérêt de cette expérience : saisir les enjeux de la diplomatie, l’art de faire des compromis entre des pays diamétralement opposés mais qui ont des intérêts communs et ainsi préparer des alliances lors des votes”.

4 mois de préparation pour 3 jours de plénières

Résolutions, vote, alliance et stratégies sont donc les mots au centre du MunUccle. 4 mois de préparation ont été nécessaires, le temps de se familiariser avec les thématiques, les pays à représenter et leurs enjeux politiques. Parmi les difficultés : se baser sur les déclarations politiques et textes de loi des pays respectifs. “Pour le Koweït, j’ai eu de la peine à trouver des éléments en français et ce qui était rédigé, en anglais ou en arabe, était forcément très orienté”, explique Blanka. “Nous devions donc nous préparer en lisant également ce que disaient les pays 'ennemis', ou du moins ceux qui pourraient voter contre nous en assemblée”, ajoute Anastasia. “Pour la France, on est noyé d’informations, ici, en Belgique, mais les recherches étaient nécessaires pour justement sortir des connaissances de base et aller plus loin dans la réflexion”, poursuit Maïa.

Toutes ces recherches ont donné lieu à des textes de politique générale, des “TPG” à disposition des autres participants pour préparer au mieux les séances plénières. “Bon, on est des jeunes donc on peut vous dire que tout le monde n’était pas super organisé puisque certains textes ne nous sont jamais parvenus. Mais on s’est débrouillées de notre côté”, expliquent-elles avant d’éclater de rire.

“Tout s’est joué lors des échanges informels”

Mais qu’est-ce qui pousse donc trois jeunes ados à investir de leur temps, en plus des cours, pour préparer, pendant 4 mois, des réunions de 3 jours et représenter des pays qu’elles ne connaissent pas? Pour Maïa, c’est “l’opportunité de gagner des points dans mes cours”, admet-elle tout sourire. “Après, j’avoue avoir appris tellement en quelques mois que j’ai l’impression que, même si le jeu de rôle est terminé, je continue ma mission, je m'intéresse aux questions débattues et je suis de près l’actualité à ce propos”.

L’élément le plus marquant pour elles? Le networking qui a précédé les séances plénières.“C’est là que nous avons véritablement commencé notre travail diplomatique. On s’est rendu compte que les échanges informels étaient très utiles pour la construction de plan de résolution de manière formelle”, expliquent les jeunes filles, visiblement bien outillées pour entamer une carrière dans la diplomatie. De là à en faire leur métier? “Pourquoi pas, mais on a encore le temps d'y penser”, avouent-elles. Elles disent toutefois mieux saisir les coulisses de certaines réunions et estiment que ce jeu de rôle, basé sur de véritables textes légaux, devrait être plus répandu chez les jeunes et pourrait également inspirer des décideurs politiques. “Les jeunes ont bien plus d’idées, sont bien plus investis qu’on ne l’imagine. Et l’art de la diplomatie, c’est un peu notre truc, demandez à nos parents, on arrive à négocier lors de discussions parfois plus compliquées qu’un G20, dirait ma mère”.

Quand on leur demande si elles n’ont pas, à tout hasard, un début de solution pour le Brexit, elles répondent, sans broncher “oh peut-être, mais il faudrait que les adultes apprennent à s’écouter d’abord, avant de nous écouter nous”.

© MunUccle