Changement de cap pour la Suède. Jusqu’à présent, le pays scandinave qui tablait sur une stratégie d’immunité collective n'avait pas pris de mesures sanitaires strictes face à la pandémie de coronavirus. La hausse rapide des contaminations et des décès a contraint le gouvernement à prendre pour la première fois des mesures restrictives.

Ce lundi, le premier ministre social-démocrate, Stefan Löfven, a annoncé l’interdiction des rassemblements publics de plus de huit personnes, à partir du 24 novembre, pour quatre semaines au moins. Du jamais vu en Suède, même lors de la première vague. Cette mesure "très intrusive" et "sans précédent" est "nécessaire" pour faire baisser la courbe du nombre d'infections, s'est justifié le Premier ministre, soulignant que l'épidémie allait "continuer à s'aggraver".

"N'allez pas à la salle de sport, n'allez pas à la bibliothèque, ne faites pas de dîners, ni de fêtes. Annulez tout !", a exhorté le Premier ministre lors d'une conférence de presse. En pratique, ces mesures restent toutefois souples comparées aux confinements partiels pratiqués dans d'autres pays européens, comme la Belgique. Cette interdiction de rassemblement est valable seulement dans les lieux publics comme les événements sportifs et culturels, ainsi que pour les manifestations. Les bars et restaurants restent ouverts, avec un maximum de huit clients par table. Dans les cercles privés, cette restriction n'est pas obligatoire, et reste simplement une recommandation.

Jusqu'à présent, les quelques mesures prises étaient l’interdiction des rassemblements de plus de 50 personnes et des visites en maisons de repos (d'avril à octobre). Le 10 novembre, le gouvernement avait aussi interdit la vente d'alcool après 22h, obligeant les bars à fermer à cette heure-là, et ce jusqu'en février 2021.

Un échec de l'immunité collective

Pourquoi ce revirement de stratégie ? Jusqu'ici, la Suède misait sur une immunité collective de sa population, qui devait la protéger d'une seconde vague. Mais depuis la fin de l'été, le pays accuse le coup. Le Royaume de 10 millions d'habitants comptabilise 192 439 cas et plus de 6200 décès, selon les données du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC). Vendredi dernier, un record de 6000 nouveaux cas quotidiens a également été enregistré.

Face à ces données, les scientifiques suédois contestent la stratégie gouvernementale. "Jusqu’ici, la stratégie suédoise s’est avérée être un échec dramatique", avait déclaré la virologue Lena Einhor au Financial Times.

Les experts s'accordent à dire qu'au moins 60% de la population doit avoir été contaminée et immunisée par le virus pour parler d'immunité de groupe. Or, selon un rapport de l'agence de santé publique suédoise seulement 7,3% des habitants de Stockholm testés ont développé des anticorps.