Nicola Sturgeon n’aura pas traîné.

Quelques heures à peine après l’annonce des résultats de l’élection générale britannique de jeudi, la Première ministre écossaise a profité de la formidable performance de son Parti national écossais (SNP), crédité de 45 % des voix et de 48 des 59 circonscriptions en jeu, pour relancer sa thématique préférée. "L’élection a renforcé notre mandat d’offrir aux Écossais un choix sur leur avenir, a-t-elle assuré vendredi après-midi. Ce mandat dit que c’est au Parlement écossais et non au Parlement de Westminster de décider quand et s’il doit y avoir un nouveau référendum."

Elle a ainsi prévenu que son gouvernement publiera la semaine prochaine un document juridique lui permettant d’organiser légalement un nouveau référendum. Elle entend ainsi sans doute éviter de se retrouver dans la position des leaders catalans, dont le référendum d’indépendance avait été déclaré illégal et qui les a vus être condamnés à des peines de prison ferme.

Mise en garde adressée à Boris Johnson

La responsable écossaise a réclamé que le Premier ministre britannique Boris Johnson demeure en dehors de cette affaire. "Ce n’est pas seulement une demande que moi et le SNP faisons mais c’est le droit des Écossais. Vous, le dirigeant d’un parti battu en Écosse, n’avez pas le droit de vous y opposer." Elle a d’ailleurs rappelé que "l’Écosse a rejeté Boris Johnson et les tories, et nous avons une fois encore dit non au Brexit". Les résultats sont clairs en ce sens : les deux seuls partis favorables au Brexit, le parti conservateur et le Brexit Party de Nigel Farage, n’ont rassemblé respectivement que 25,1 % et 0,5 % des voix sur le sol écossais. Plus encore, le parti conservateur a reculé de 3,5 points par rapport à 2017 et perdu 6 de ses 13 députés écossais à la Chambre des Communes.

"Ce résultat est d’autant plus significatif que l’indépendance occupait le cœur de la campagne, analyse Simon Hix, professeur de sciences politiques à la London School of Economics (LSE). Le SNP a clairement fait campagne en sa faveur, les tories contre. Si le parti indépendantiste réalise un résultat aussi probant lors de l’élection du Parlement écossais en 2021, une fois que le Royaume-Uni sera sorti de l’Union européenne, Boris Johnson aura du mal à refuser l’organisation d’un tel vote."

Le programme du parti conservateur pour l’élection de jeudi précise : "Nicola Sturgeon et le SNP avaient promis que le référendum de 2014 serait un vote qui n’aurait lieu qu’une fois par génération et que le résultat serait décisif. Nous croyons que ce résultat doit être respecté." Le 18 septembre 2014, 55,3 % des Écossais ont rejeté l’indépendance, dans le cadre d’un vote avec une participation de 84,6 %, un niveau historique. Pourtant, la sortie du Royaume-Uni de l’UE n’était à l’époque pas envisagée. Le Brexit bouleverse donc forcément la donne. Surtout au regard des votes successifs des Écossais en faveur du maintien dans l’UE : ils avaient déjà voté à 62 % contre le Brexit lors du référendum du 23 juin 2016. Un argument massue, surtout si Boris Johnson dirige le Royaume-Uni vers une rupture radicale avec l’UE, comme il semble pour le moment l’imaginer.

Les nationalistes irlandais progressent

La victoire écrasante de Boris Johnson aux législatives de ce jeudi 12 décembre, confronte le Premier ministre britannique au risque de voir vaciller l’unité du Royaume face, non seulement aux velléités indépendantistes écossaises, mais aussi aux aspirations de réunification en Irlande, divisée entre la province britannique du Nord, qui a voté contre le Brexit, et la république d’Irlande, membre de l’Union européenne.

Pour la première fois depuis la partition de l’Irlande en 1921, les nationalistes irlandais enverront plus de députés à la Chambre des communes que les partisans d’un maintien dans la couronne.

Le petit parti unioniste DUP, avec lequel les conservateurs avaient dû s’allier pour réunir une majorité perdue lors des législatives anticipées de 2017, ne compte désormais plus que huit députés après la perte de deux sièges, dont celui de son leader à la Chambre des communes, le très emblématique Nigel Dodds.

Légère majorité en faveur de l’union

Le scrutin prouve qu’il "n’y a pas d’assentiment et pas de mandat pour le Brexit dans le Nord de l’Irlande", a déclaré à la radio publique RTE la cheffe du Sinn Fein Mary Lou McDonald, dont le parti milite pour la réunification.

Pour Simon Hix, de la London School of Economics (LSE), "les sondages donnent une courte majorité en faveur de l’union" des deux Irlandes. "On verra peut-être l’indépendance irlandaise, mais ce sera un processus très long."