"L'Union européenne poursuit sa politique de mesures de restriction unilatérales illégitimes visant des citoyens et des organisations russes", a déclaré la diplomatie russe dans un communiqué, accusant l'UE de chercher à entraver "à tout prix le développement" de la Russie.

Selon le communiqué, la Russie interdit notamment l'entrée sur son territoire à huit responsables européens, parmi lesquels le président du Parlement européen David Maria Sassoli, un Italien, et une vice-présidente de la Commission européenne, Vera Jourova, une ressortissante tchèque chargée des Valeurs et de la Transparence.

M. Sassoli a dénoncé cette décision en assurant sur son compte Twitter : "aucune sanction ou intimidation n'empêchera l'@Europarl_EN (Le Parlement européen) ou moi-même de défendre les droits de l'homme, la liberté et la démocratie".

"Les menaces ne nous feront pas taire", a-t-il souligné.

La décision de Moscou a également provoqué une avalanche de critiques au sein de l'UE, le commissaire européen à l'Economie, Paolo Gentiloni, dénonçant des sanctions "injustifiées et inutiles", tandis que l'ancien Premier ministre belge Guy Verhofstadt a appelé l'UE à "aller au-delà des sanctions symboliques" et à "frapper les oligarques" proches du président russe Vladimir Poutine.

Selon le communiqué, la Russie riposte ainsi aux sanctions imposées par l'UE les 2 et 22 mars à de hauts responsables russes, des actes visant aux yeux de Moscou à "lancer un défi ouvert à l'indépendance de la politique intérieure et extérieure russe".

Le 2 mars, l'Union européenne a annoncé sa décision d'imposer des mesures restrictives à l'encontre de quatre Russes responsables selon l'UE de graves violations des droits de l'homme, notamment des procédures judiciaires contre l'opposant russe Alexeï Navalny , ainsi que de la répression massive et systématique de la liberté de réunion pacifique en Russie.

Ces mesures comprenaient notamment l'interdiction d'entrée sur le territoire de l'UE et le gel des avoirs de ces hauts responsables, parmi lesquels le chef du Comité d'enquête russe Alexandre Bastrykine et le procureur général Igor Krasnov.

Le 22 mars, le Conseil de l'UE a décidé d'introduire des mesures restrictives contre les responsables de violations graves des droits de l'homme dans divers pays, notamment pour la torture et la répression contre les personnes LGBT et les opposants politiques en Tchétchénie, une république du Caucase russe.

Navalny en toile de fond

Bête noire du Kremlin, Alexeï Navalny, 44 ans, est en prison depuis mi-janvier. Il avait été arrêté à son retour d'Allemagne où il avait passé près de cinq mois en convalescence pour se remettre d'un empoisonnement à un agent neurotoxique dont il accuse le Kremlin.

Parmi les personnes visées par les sanctions annoncées vendredi par Moscou figure aussi Asa Scott, une responsable d'un laboratoire spécialisé dans les substances hautement toxiques en Suède qui a confirmé les conclusions d'un laboratoire allemand sur l'empoisonnement de M. Navalny.

La Russie a également placé sur cette liste le procureur de Berlin Jörg Raupach et le député français Jacques Maire, rapporteur spécial sur l'empoisonnement de M. Navalny à l'Assemblée parlementaire au Conseil de l'Europe (APCE).

"Ca ne change rien à mon mandat concernant l'empoisonnement et l'emprisonnement d'Alexeï Navalny. Cela place en revanche les Russes dans une situation plus difficile pour pouvoir coopérer", a-t-il réagi auprès de l'AFP.

Ces nouvelles sanctions russes interviennent alors que plusieurs capitales occidentales ont multiplié ces dernières semaines les expulsions de diplomates russes, sur fond d'autres accusations d'espionnage, de cyber-attaques ou d'ingérence électorale.

En retour, Moscou a pris quasi systématiquement des mesures de représailles et expulsé des diplomates des pays concernés.