Nuit agitée dans un quartier de Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne), aux portes de Paris : une quarantaine de personnes s’en sont pris samedi soir au commissariat de la ville, avec des tirs de mortiers d’artifice. Des images spectaculaires filmées par des témoins ont été largement diffusées toute la journée de dimanche. Cette attaque n’a fort heureusement pas fait de blessés.

Deux agents étaient devant le commissariat en train de fumer lorsqu’une quarantaine de personnes, visage dissimulé et armées de barres de fer, sont arrivées, cassant notamment des vitres de véhicules de police et la porte vitrée de l’entrée, selon une source policière.

Les deux fonctionnaires ont tout juste eu le temps de se mettre à l’abri dans le sas de sécurité de l’entrée du commissariat, situé au cœur de la cité de Bois-L’Abbé, l’un des trois quartiers en zone de sécurité prioritaire (ZEP) de cette ville proche du bois de Vincennes. Huit mortiers ont été retrouvés non loin de l’endroit de l’attaque.


"Les petits caïds n’impressionnent personne"

Le ministre français de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a exprimé dimanche dans un tweet son "soutien total" aux policiers "qui font un travail difficile". "Les petits caïds n’impressionnent personne et ne découragent pas notre travail contre les stupéfiants", a-t-il ajouté.

Cette attaque survient après celle mercredi soir de deux policiers, en civil, blessés par balles à Herblay (Val-d’Oise) alors qu’ils étaient en mission. Ces policiers ont été "massacrés" avec "selon toute vraisemblance la claire intention de tuer", avait dénoncé le ministre français de l’Intérieur lors de son déplacement, quelques heures après les faits, au commissariat de Cergy-Pontoise auquel étaient rattachés les deux fonctionnaires. Le ministre avait déjà évoqué alors des "actes d’une grande sauvagerie".

Dimanche, dans un tweet, le préfet de police de Paris, Didier Lallement, a également exprimé "son soutien aux policiers visés par ces actes intolérables".

Les incidents ont débuté peu avant minuit et se sont achevés une heure plus tard. Aucune interpellation n’a eu lieu. Le commissariat de Champigny avec la sûreté départementale en appui est chargé de l’enquête, a indiqué le parquet.

Le syndicat Alliance a dénoncé cette attaque. "Il est grand temps que le gouvernement se saisisse des violences commises contre les forces de l’ordre […] Plus personne ne respecte les forces de l’ordre et le gouvernement n’a pas réussi malheureusement à inverser cette tendance", a réagi son délégué général, Frédéric Lagache. "Que faudra-t-il pour que le gouvernement s’engage à protéger ses forces de l’ordre ?", a-t-il ajouté.

Selon le maire Divers droites de la ville Laurent Jeanne, joint par l’AFP, l’origine de ces tensions, dans un quartier de 10 000 habitants en proie au trafic de drogue, n’était pas claire : "On est sur un quartier de reconquête républicaine, est-ce que ça dérange ? Possible." La tension a également pu naître, selon lui, après un récent accident de scooter dans le quartier dont "la responsabilité a été imputée à la police nationale alors que ce n’est pas avéré".


Pas une première

En avril, ce commissariat avait déjà été la cible, à une moindre échelle, de tirs de mortiers d’artifice mais "c’était juste des jeunes qui avaient du mal à vivre le confinement", a rappelé l’élu.

C’est un quartier "agité", "avec une route périphérique autour, une seule entrée et une seule sortie" donc c’est "compliqué" pour les forces de l’ordre, explique François Cocq, ex-maire adjoint de cette commune anciennement communiste et enseignant dans un collège à proximité du quartier.

Ce dernier déplore qu’il n’y ait qu’"un seul commissariat pour une ville de 76 000 habitants" et qu’il soit "décentré par rapport au reste de la ville". Mais le fait qu’il soit installé en plein cœur de ce quartier où il y a du trafic de drogue, "ça ne règle rien". Dès qu’il y a des tensions avec la police, "les gens viennent régler leurs comptes directement, ils trouvent les forces de l’ordre à leur porte", donc le plus souvent à coups de mortiers d’artifice.