Jeudi, le parquet national antiterroriste a demandé de verser ces pièces ainsi que des procès-verbaux d'autres procédures aux débats du procès des attentats de janvier 2015.

Quatorze personnes sont jugées depuis mercredi pour leur soutien au trio djihadiste qui a semé la terreur du 7 au 9 janvier 2015 avant d'être tué par les forces de l'ordre: les frères Saïd et Chérif Kouachi et Amédy Coulibaly.

Dans ces interrogatoires, Sonia M., 31 ans, inculpée et écrouée le 28 janvier après son expulsion vers la France avec ses trois enfants, a raconté avoir épousé à son arrivée en Syrie en octobre 2014 le vétéran du djihad Abdelnasser Benyoucef, alias "Abou Moutana".

Ce dernier est connu de la justice française: visé par un mandat d'arrêt international, il est soupçonné d'être l'un des donneurs d'ordre de Sid Ahmed Ghlam, qui doit être jugé à partir du 5 octobre pour l'attentat avorté de Villejuif de 2015, au cours duquel une femme, Aurélie Châtelain, a été assassinée.

Selon Sonia M., il était, au sein de l'Etat islamique, "émir des opérations extérieures" et s'occupait de ce fait des "attentats à l'étranger".

"Il m'a parlé de l'Hyper Cacher et de l'attentat raté car à l'époque c'était d'actualité concernant le projet raté" (d'attentat à Villejuif, ndlr), a raconté en mars la jeune femme devant le juge d'instruction. "Il m'a dit qu'il avait aidé à ce que cela se fasse pour ces deux attentats", a-t-elle ajouté. "Il m'a dit qu'il avait trouvé la personne qui avait commis l'attentat de l'Hyper Cacher et il en vantait les mérites et disait qu'il était sincère envers Dieu", a-t-elle réitéré lors d'un autre interrogatoire en juillet.

Le 9 janvier, quatre hommes, tous juifs, avaient été tués par Amédy Coulibaly, lors de la prise d'otages du magasin Hyper Cacher de la porte de Vincennes, à Paris. La veille, il avait abattu une policière municipale à Montrouge.

Selon Sonia M., Abdelnasser Benyoucef aurait "voulu arrêter" ensuite de s'occuper des opérations extérieures. "Il me disait que ça le fatiguait", a-t-elle expliqué.

Parti à Deir Ezzor, près de la frontière irakienne, il serait selon ses dires devenu "émir d'une katiba (brigade, ndlr) de combattants", jusqu'en "mars 2016, où il est mort".