Le Bélarus a balayé lundi le concert de critiques et d'indignation internationales après l'interception manu militari d'un vol commercial de Ryanair qui a conduit à l'arrestation d'un opposant qui se trouvait à bord.

Les autorités bélarusses ont assuré lundi avoir agi "en conformité avec les règles internationales" en déroutant ce vol commercial entre la Grèce et la Lituanie, deux pays de l'UE, invoquant une alerte à la bombe à bord, qui s'est avérée être mensongère.

Pour le ministère bélarusse des Affaires étrangères, les Européens sont coupables de formuler des "accusations sans fondement" et de "politiser" l'incident en estimant que Minsk a orchestré ou instrumentalisé la fausse alerte.

Vers des sanctions européennes?

Les Occidentaux ont dénoncé eux un "détournement" d'avion, un acte de "piraterie" et même de "terrorisme" étatique par cette ex-république soviétique dont l'autoritarisme va croissant depuis la répression d'un important mouvement de protestation populaire l'année dernière.

L'Union européenne, en sommet lundi et mardi, pourrait adopter des sanctions. Le Kremlin a dit attendre une "évaluation" de l'incident par d'instances internationales, mais sa diplomatie a exprimé son soutien à Minsk.

Les Etats-Unis comme les pays européens ont appelé à la "libération immédiate" de l'opposant Roman Protassevitch, âgé de 26 ans, interpellé par les forces de l'ordre bélarusses à l'aéroport de Minsk après un atterrissage d'urgence.

Soutien de Moscou

Face à l'avalanche de critiques, le Bélarus a reçu le soutien de la diplomatie russe, dont la porte-parole Maria Zakharova s'est dit "choquée", sur Facebook, par la réaction des Occidentaux.

De son côté, plus dans la retenue, la présidence russe a jugé nécessaire d'attendre que des instances compétentes analysent l'incident.

"Ce sont les instances aériennes internationales qui doivent donner une évaluation", a estimé Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin.

"Les uns réclament des sanctions, les autres que tout est en règles" a-t-il ajouté, "nous n'allons pas participer à cette course".

L'OTAN exige une enquête

L'Otan a déclaré vouloir une "enquête internationale" pour comprendre les circonstances du détournement. Les ambassadeurs de l'Otan vont d'ailleurs se réunir mardi, a annoncé lundi un responsable de l'Alliance.

"Les Alliés sont en train de se consulter sur l'atterrissage forcé de l'avion de Ryanair par le Bélarus et les ambassadeurs vont en discuter demain", a indiqué cette source à l'AFP.

"Interdiction de l'espace aérien"

La compagnie balte AirBaltic a été la première à annoncer lundi qu'elle évitera dorénavant l'espace aérien bélarusse.

La France a également suggéré une "interdiction de l'espace aérien" du Bélarus.

Le patron de Ryanair, Michael O'Leary, a de son côté affirmé que des agents des services de sécurité bélarusses, le KGB, ont pu se trouver à bord du vol FR4978, dénonçant lui aussi un acte de "piraterie" soutenu par le Bélarus.

La Lituanie a également annoncé qu'elle n'autoriserait aucun vol, ni vers ni depuis son territoire, traversant l'espace aérien bélarusse. "Tout vol vers ou depuis les aéroports lituaniens via l'espace aérien bélarusse est interdit" à partir de mardi, a déclaré le ministre des Transports Marius Skuodis lors d'une réunion gouvernementale à Vilnius.