"J'ai agi légalement en protégeant mes gens", a lancé le dirigeant bélarusse, s'exprimant devant un parterre de dignitaires du régime qu'il contrôle depuis 1994.

"C'est un mensonge absolu (de dire) que l'avion a été forcé d'atterrir par un Mig 29", a-t-il martelé, "la mission de l'avion de chasse était d'établir la communication, d'accompagner l'atterrissage de l'avion de passagers en cas de situation d'urgence".

Il s'agit de la première prise de parole du président bélarusse depuis l'interception dimanche par un avion de chasse MiG-29 d'un vol Athènes-Vilnius de la compagnie Ryanair, sous prétexte d'une alerte à la bombe qui s'est révélée fausse.

Deux passagers du vol, le journaliste d'opposition Roman Protassevitch et sa compagne russe Sofia Sapega, ont été arrêtés à Minsk avant que l'avion ne reparte, suscitant une avalanche de condamnations occidentales.

Pour Minsk, la présence à bord de ce détracteur du régime et donc son arrestation relèvent du hasard.

Selon l'Union européenne, les Etats-Unis et l'opposition bélarusse, Minsk a mis en scène l'alerte à la bombe pour forcer l'appareil à atterrir et procéder aux arrestations.

L'UE a adopté lundi soir de premières sanctions contre le Bélarus, fermant son espace aérien aux avions de ce pays et recommandant à toutes les compagnies aériennes d'éviter les cieux bélarusses. Un appel très suivi.

Le Conseil de sécurité de l'ONU tient, lui, mercredi une réunion informelle d'urgence à huis clos sur le sujet.

Les autorités bélarusses accusent l'opposant arrêté d'avoir organisé des "troubles massifs" dans cette ex-république soviétique secouée en 2020 par des manifestations historiques contre la réélection de M. Loukachenko. Il était également sur une liste d'individus "impliqués dans activités terroristes".

 Strangulation 

Vivant en exil, Roman Protassevitch, 26 ans, est l'ancien rédacteur en chef d'une chaîne d'opposition, Nexta, qui avait joué un rôle clé dans la coordination du mouvement de contestation, réprimé depuis sans pitié par Minsk.

Le dissident et sa compagne sont apparus dans des vidéos où ils reconnaissent être coupables de crimes, des confessions obtenues sous la contrainte selon l'opposition.

Face au tollé international suscité par ces arrestations, Alexandre Loukachenko s'en est pris à ses "adversaires de l'étranger et à l'intérieur du pays", les accusant d'avoir changé leurs méthodes en "dépassant les limites de l'entendement et de la morale humaine".

"Ils sont passés de l'organisation d'émeutes à l'étape de la strangulation", a-t-il dénoncé, dans une référence apparente au mouvement de contestation de 2020 qu'il attribue à une opposition pilotée par l'Occident.

Il a dénoncé une "guerre hybride moderne" contre son pays, qui est un "théâtre d'expérimentation pour ensuite aller vers l'Est". M. Loukachenko accuse régulièrement Américains et Européens de vouloir le renverser pour ensuite s'attaquer à la Russie de Vladimir Poutine, son principal allié.

- "Caution" russe -

En début de semaine, Minsk s'était déjà défendu en affirmant que le déroutage du vol s'était déroulé en toute légalité, après une alerte à la bombe reçue dans un courriel se réclamant de l'organisation palestinienne Hamas.

La chancelière allemande Angela Merkel a jugé ces explications "pas crédibles".

La transcription de l'échange entre les contrôleurs et le pilote, publiée mardi par Minsk, montre que les autorités ont insisté pour que le vol se pose au Bélarus et non pas dans des pays voisins.

Exilée en Lituanie, l'ex-candidate à la présidentielle Svetlana Tikhanovskaïa a appelé Washington et l'UE a adopter toujours plus de sanctions pour isoler le régime de Loukachenko.

Elle a demandé à ce que l'opposition participe à la prochaine réunion du G7 en juin.

Moscou n'a de son côté pas rejoint les critiques occidentales envers Minsk, mais son discours reste mesuré.

La diplomatie russe a jugé "raisonnables" les promesses de transparence du Bélarus face aux critiques. Et le Kremlin a regretté la recommandation européenne d'éviter l'espace aérien bélarusse, estimant que cela en coûterait "aux passagers".

Cette absence de condamnation "vaut caution", s'est emporté le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, sur la chaine publique France 2.

Le régime d'Alexandre Loukachenko, qui pendant près de trois décennies a habilement louvoyé entre l'UE et Moscou en usant de leurs rivalités géopolitiques, est déjà ciblé par de multiples sanctions occidentales à cause de la répression sans merci de la contestation de 2020.

L'ensemble des dirigeants de ce mouvement ont été soit emprisonnés soient contraints à l'exil.