"La spirale de l'escalade (entre les deux pays voisins) suscite de grandes inquiétudes", a déclaré à Athènes le chef de la diplomatie allemande Heiko Maas, avant de se rendre à Ankara dans le cadre d'une mission de médiation.

"La moindre étincelle peut conduire à une catastrophe", a prévenu Heiko Maas, dont le pays assure la présidence tournante de l'Union européenne.

"Nous avons absolument et immédiatement besoin de signaux de désescalade et d'une volonté de dialogue" entre les deux pays membres de l'Otan, a affirmé le ministre allemand, en vue d'une réunion sur la question des ministres européens des Affaires étrangères, jeudi et vendredi à Berlin.

Après avoir rencontré le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis et son homologue Nikos Dendias, M. Maas a appelé à mettre fin "à toutes activités destructrices et aux provocations" en Méditerranée orientale, où Ankara multiplie les démonstrations de force dans une zone disputée riche en hydrocarbures.

Exprimant sa "solidarité avec la Grèce", pays membre de l'UE, le chef de la diplomatie allemand a estimé que "personne ne peut avoir d'intérêt à une confrontation militaire entre pays voisins et membres de l'Otan", au moment où la Turquie et la Grèce mènent des exercices militaires rivaux en Méditerranée orientale.

Selon lui, "une conclusion pacifique des litiges en Méditerranée orientale n'est possible que par des entretiens directs entre la Turquie et la Grèce".

Saluant l'initiative de l'Allemagne, le ministre grec des Affaires étrangères Nikos Dendias a de son côté rappelé que la Grèce "était prête au dialogue mais le dialogue ne peut se faire sous un régime de menaces". Il a réclamé des "sanctions" de l'Europe à l'encontre de la Turquie.

Craignant d'être exclu du partage des immenses réserves de gaz naturel de la région, Ankara a déployé le 10 août des bâtiments de guerre dans une zone revendiquée par la Grèce.

Signe que la crise n'est pas finie, le président turc Recep Tayyip Erdogan, galvanisé par la découverte d'un important gisement gazier en mer Noire, a annoncé vendredi que son pays allait accélérer les recherches en Méditerranée orientale.

Dimanche, Ankara a décidé de prolonger la présence de son bâtiment sismique Oruç Reis dans cette zone pour quatre jours, soit jusqu'au 27 août.

L'Union européenne, par la voix de son chef de la diplomatie Josep Borrell, a appelé Ankara à cesser "immédiatement" ses recherches de gisements gaziers en Méditerranée. Heiko Maas doit rencontrer dans l'après-midi à Ankara, le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu.

Exercices militaires rivaux

Ankara et Athènes ont annoncé la tenue, à partir de mardi, d'exercices militaires en Méditerranée orientale.

Côté grec, il s'agit d'un "exercice aéronautique au large des îles grecques de Crète, Karpathos et Kastellorizo", impliquant seulement des forces grecques, a déclaré mardi matin à l'AFP une source militaire.

Un exercice d'entraînement aura lieu prochainement avec l'aviation des Emirats arabes unis, tandis qu'un autre a eu lieu lundi dans le Sud de la Crète avec des forces grecques et américaines, selon cette source.

Côté turc, le ministère de la Défense a annoncé la tenue "d'exercices militaires de transition" avec la participation de "navires turcs et alliés" mardi au sud de l'île de Crète.

La petite île grecque de Kastellorizo, située à deux kilomètres des côtes turques, cristallise la colère d'Ankara.

Selon Athènes, les eaux entourant cette île sont sous souveraineté grecque mais Ankara répond que cette position prive la Turquie de dizaines de milliers de km2 de fonds marins riches en gaz.

"Désormais, c'est la Grèce qui sera responsable du moindre souci qui pourrait arriver dans la région", a fustigé lundi le président Erdogan.

"Nos navires de forage continuent leurs opérations comme prévu", a déclaré mardi le ministre turc de l'Energie Fatih Donmez, sur la télévision progouvernementale A Haber, prévoyant d'"ouvrir des puits de forage dans des endroits prometteurs".