Une guerre des mots s'est engagée mardi soir entre Londres et Bruxelles, à la suite d'une "newsletter" du président du Conseil européen Charles Michel, dans laquelle il parle d'une "interdiction pure et simple" de la part du Royaume-Uni et des Etats-Unis "de l'exportation de vaccins ou de composants de vaccins" contre la Covid-19 produits sur leur territoire.

Mardi soir, la chargée d'affaires de la délégation de l'UE à Londres a été "invitée pour une rencontre" au ministère britannique des Affaires étrangères, a confirmé mercredi Peter Stano, un des porte-paroles de la Commission européenne. Ce dernier n'a cependant pas voulu faire de commentaires sur le contenu des discussions, qui doivent d'ailleurs se poursuivre.

Interrogé mercredi à la Chambre des Communes, le Premier ministre britannique Boris Johnson a rejeté les dires de Charles Michel. Le Royaume-Uni "n'a pas bloqué" l'exportation "d'un seul vaccin ni de ses composants", a-t-il affirmé dans des propos rapportés par la BBC. Le chef de la diplomatie britannique Dominic Raab a écrit un courrier au Belge pour lui demander de corriger le tir, selon le média de service public.

La brouille vient s'ajouter au désaccord persistant autour des livraisons de vaccins de la part d'AstraZeneca. L'entreprise suédo-britannique honore ses engagements vis-à-vis du Royaume-Uni, mais a fortement revu à la baisse ses premières livraisons à l'UE. La Commission européenne insiste depuis sur le fait que le contrat qu'elle a passé avec la firme mentionne également des sites de production installés au Royaume-Uni. Il n'y a donc pas de raison, selon elle, qu'AstraZeneca réserve cette production à son client britannique.

Interrogé sur le sujet mercredi, le porte-parole en chef de la Commission, Eric Mamer, a indiqué ne pas être en mesure de donner un chiffre des vaccins qui seraient rentrés dans l'UE depuis le Royaume-Uni, ou en seraient sortis à destination de l'étranger. "Nous continuons de travailler pour que l'entreprise nous livre les doses pour lesquelles on a signé", ajoute-t-il. Quant à la réponse à apporter (une action en justice? ), tout est encore sur la table, répond-il.

Le président du groupe PPE au Parlement européen, l'Allemand Manfred Weber, a quant à lui appelé Dominic Raab à "arrêter de donner la leçon" et à "montrer les chiffres des exportations de vaccins" depuis Londres, affirmant qu'en sens inverse "8 millions de vaccins BioNTech-Pfizer ont été envoyés de l'UE vers le Royaume-Uni ces derniers mois".

Le mécanisme "de transparence et d'autorisation" des exportations de vaccins contre la Covid-19, que l'UE a mis en place fin janvier en pleine bagarre avec AstraZeneca, expire normalement en fin de mois. Pour la suite, "toutes les options sont sur la table", a indiqué Eric Mamer. Ce mécanisme requiert que chaque exportation de vaccins depuis l'UE soit autorisée préalablement. Récemment, l'Italie, soutenue par la Commission, a ainsi bloqué le départ vers l'Australie de 250.000 doses du produit AstraZeneca.