Ceux qui s'opposent au backstop sans proposer d'alternatives réalistes soutiennent en réalité le rétablissement d'une frontière avec l'Irlande du Nord, a répondu le président du Conseil européen Donald Tusk au Premier ministre britannique Boris Johnson.

M. Johnson avait écrit lundi à M. Tusk pour réaffirmer sa volonté de conclure un accord de sortie de l'UE et son opposition à la disposition controversée sur l'Irlande, dite "backstop", ou filet de sécurité.

Cette disposition est contenue dans l'accord de retrait de l'UE conclu par le précédent gouvernement de Theresa May. Elle prévoit que, faute de meilleure solution à l'issue d'une période transitoire de deux ans, et pour éviter la création d'une frontière entre la province britannique d'Irlande du Nord et la République d'Irlande, le Royaume-Uni tout entier resterait dans l'Union douanière.

Boris Johnson, qui a succédé à Theresa May en juillet après que le parlement britannique eut rejeté par trois fois son accord de Brexit, s'est dit prêt à quitter l'UE à la date prévue du 31 octobre avec ou sans accord.

Dans sa lettre, il assure toutefois que son "gouvernement travaillera avec énergie et détermination à trouver un accord, c'est notre plus haute priorité". Mais il réaffirme aussi son refus du "backstop", assurant qu'il est "antidémocratique et porte atteinte à la souveraineté de l'Etat britannique". En outre, le maintien du pays dans l'Union douanière l'empêcherait de mener une politique commerciale indépendante des règles de l'UE, relève-t-il.

Une garantie contre une frontière dure

"Le backstop est une garantie pour éviter une frontière dure sur l'île d'Irlande, à moins qu'une solution de rechange ne soit trouvée", a répondu M. Tusk mardi sur Twitter.

"Ceux qui s'opposent au backstop sans proposer de solutions de rechange réalistes soutiennent en réalité le rétablissement d'une frontière. Même s'ils ne l'admettent pas", a-t-il poursuivi. Ce faisant, le président du Conseil ne ferme pas la porte à toute solution de rechange.

L'Union, par la voix d'une porte-parole de la Commission, a par ailleurs salué l'implication du gouvernement britannique, à travers la lettre de Boris Johnson, en faveur d'un retrait en bon ordre. Mais la lettre n'offre pas de solution législative pour éviter d'en revenir à une frontière dure, a-t-elle ajouté.

L'UE a répété à maintes reprises qu'elle n'était pas prête à renégocier l'accord de Brexit conclu avec Mme May. Mais l'heure tourne et Boris Johnson se rend mercredi à Berlin puis jeudi à Paris pour rencontrer la chancelière allemande Angela Merkel et le président français Emmanuel Macron afin d'essayer de les convaincre de se rallier à sa vision du Brexit, avant un sommet du G7 à Biarritz (sud-ouest de la France) en fin de semaine.

Si le Parlement britannique a rejeté l'accord de Brexit, il s'est également prononcé contre une sortie sans accord. Et la perspective d'un Brexit dur ne fait pas l'unanimité non plus au sein du Parti conservateur de Boris Johnson.

Le parti d'opposition travailliste a de son côté d'ores et déjà annoncé qu'il tenterait de faire chuter le gouvernement à la rentrée parlementaire le 3 septembre.