Les députés britanniques ont croisé le fer mardi sur l'organisation d'élections législatives anticipées en décembre pour sortir de l'impasse le Brexit, alors que l'Union européenne a prévenu que celui-ci pourrait bien ne plus être reporté une nouvelle fois.

Face à la profonde crise politique secouant le Royaume-Uni, le Premier ministre britannique Boris Johnson s'est lancé mardi dans une quatrième tentative d'appeler les Britanniques aux urnes le 12 décembre.

Il espère ainsi conquérir une majorité absolue, ce qui lui permettrait d'enfin honorer sa promesse de mettre en oeuvre le Brexit, voté en juin 2016 par 52% des Britanniques lors d'un référendum. Préparant le terrain, il a décidé mardi de réintégrer 10 des 21 députés rebelles qu'il avait exclus du parti pour avoir voté contre le gouvernement.

"Peut-être le dernier" 

A Bruxelles, le président du Conseil européen Donald Tusk a appelé les Britanniques à faire "le meilleur usage" du nouveau et troisième report du Brexit accordé par les Européens jusqu'au 31 janvier, et formellement adopté mardi. "C'est peut-être le dernier", a-t-il prévenu sur Twitter.

Les députés doivent se prononcer dans la soirée sur la tenue de législatives anticipées, un scrutin auquel le chef du Labour Jeremy Corbyn, jusqu'à présent réticent, a fini par se résoudre, la menace d'une sortie sans accord de l'UE, cauchemar des milieux économiques pour les perturbations qu'il engendrerait, ayant été temporairement écartée par le nouveau report du Brexit. Mais il soutient une autre date pour les élections, le 9 décembre, comme d'autres partis de l'opposition.

"Notre condition d'exclure une sortie sans accord est désormais remplie", a souligné le leader travailliste, promettant "la campagne la plus ambitieuse et la plus radicale, pour un vrai changement, que notre pays ait jamais vue".

Malgré ce soutien de poids, comme toujours dans le parcours tortueux du Brexit, l'approbation par les députés d'élections anticipées est loin d'être une simple formalité. Certains élus ont tenté en vain de présenter des amendements qui auraient contrarié les plans du gouvernement en permettant aux mineurs de 16 ans ou aux ressortissants de l'UE vivant au Royaume-Uni - majoritairement très hostiles au Brexit - de voter.

"Obstructionnisme parlementaire" 

Des élections sont "la seule façon maintenant de faire avancer ce pays", a plaidé le Premier ministre Boris Johnson devant les députés, dénonçant l'"obstructionnisme parlementaire".

Ces élections seraient les troisièmes en quatre ans, après un scrutin anticipé en 2017, déjà avec le Brexit en toile de fond, deux ans après celui de 2015.

Même s'il est en position de force dans les sondages, Boris Johnson risque gros, estime John Curtice, de l'université écossaise de Strathclyde. "Boris doit gagner. Un Parlement sans majorité, et Boris est dehors", a-t-il dit à l'AFP.

Lundi, la Chambre des communes avait rejeté le texte du gouvernement en vue de convoquer des élections le 12 décembre, dont l'approbation requérait la majorité des deux tiers. Mais résolu à mettre un terme à cette "paralysie", Boris Johnson avait aussitôt organisé un nouveau vote mardi, mettant à profit les subtilités du système électoral britannique: son texte ne requiert qu'une majorité simple, mais il est amendable.

Outre la procédure, ce qui a changé en 24 heures, c'est que l'opposition a obtenu l'assurance qu'il y aurait pas de Brexit avant les élections: Boris Johnson s'est en effet engagé à ne pas resoumettre aux députés, avant la dissolution du Parlement, l'accord de divorce négocié avec l'UE.

Le dirigeant conservateur est arrivé au pouvoir en juillet en promettant que le Brexit aurait lieu "coûte que coûte" le 31 octobre. Il avait assuré qu'il préférait être "mort au fond d'un fossé" plutôt que demander un nouvel ajournement mais a dû entre temps manger son chapeau.

Il a même exhorté les pays de l'UE à ne plus accorder de nouveau délai au Brexit si "le Parlement résiste" et bloque l'organisation d'élections.

Initialement prévu le 29 mars dernier, le Brexit avait déjà été repoussé au 12 avril, puis au 31 octobre.

Le nouvel ajournement prévoit une date butoir au 31 janvier mais avec la possibilité pour le Royaume-Uni de sortir le 30 novembre ou le 31 décembre en cas de ratification de l'accord de divorce avant ces échéances.

Les Européens ont toutefois précisé qu'ils excluaient toute renégociation de l'accord conclu avec Boris Johnson et ont réclamé à Londres de proposer un candidat britannique pour un poste de commissaire européen, puisque le Royaume-Uni reste dans l'UE plus longtemps que prévu.