Vous voulez le Brexit? Alors votez conservateur, a lancé Boris Johnson devant des militants conquis lors de son premier grand meeting de campagne pour les législatives du 12 décembre, raillant les atermoiements sur ce sujet hautement clivant de son rival travailliste qu'il a comparé à Staline.

"Venez avec nous et nous réaliserons le Brexit", a promis le Premier ministre conservateur devant quelques centaines de militants rassemblés dans le bastion travailliste de Birmingham (centre), deuxième ville du Royaume-Uni.

Scandant son nom en choeur - "Boris! Boris! Boris!" -, ceux-ci avaient revêtu des t-shirts barrés du slogan de prédilection du dirigeant, arrivé au pouvoir en juillet avec la promesse de sortir le Royaume-Uni de l'Union européenne "à tout prix", mais contraint depuis par le Parlement à repousser la sortie de trois mois jusqu'au 31 janvier 2020.

Pour Boris Johnson, les élections anticipées sont le seul moyen de sortir le Royaume-Uni de l'impasse du Brexit, qui paralyse et divise le pays depuis son vote par 52% des Britanniques en 2016.

"Nous ne pouvons continuer comme ça", a-t-il constaté dans son discours d'une quinzaine de minutes, affirmant qu'il présenterait à nouveau au Parlement son accord de sortie de l'UE, conclu avec Bruxelles, dès "le premier jour" de sa nouvelle session en décembre, afin que la sortie de l'Union puisse être effective en janvier.

"Un type très honnête" 

"L'accord est prêt. Mettez-le juste dans le four à micro-ondes - je ne suis pas vraiment bon en cuisine", a-t-il plaisanté, disant vouloir se consacrer au plus vite aux questions sociales négligées ces dernières années par ce sujet qui a phagocyté la politique britannique: éducation, logement, santé, sécurité.

Boris Johnson a attaqué de front son adversaire travailliste Jeremy Corbyn, qui veut négocier un nouvel accord de divorce qu'il soumettrait ensuite à un référendum prévoyant aussi l'option de rester dans l'UE. Une telle renégociation est toutefois jugée "pas réaliste" par le président sortant de la Commission Jean-Claude Juncker.

Il prêchait des convaincus mercredi soir. Pour Nigel Tindall, venu écouter le dirigeant conservateur avec sa femme et leur petite-fille de trois ans, il ne fait aucun doute que "c'est l'homme de la situation". "C'est un type très honnête", juge-t-il, interrogé par l'AFP. "Si vous voulez le Brexit, c'est le seul leader qui le réalisera" alors que Jeremy Corbyn "n'arrive pas se décider".

"Il est optimiste", s'enthousiasme la retraitée Kim Jolly, qui a voté contre le Brexit mais veut désormais "passer à autre chose".

La campagne électorale a officiellement démarré sur les chapeaux de roue mercredi au Royaume-Uni avec la dissolution au Parlement, actée lorsque le Premier ministre s'est rendu dans la matinée au palais de Buckingham pour rencontrer la reine.

© AFP

Corbyn, c'est Staline 

Boris Johnson avait a lancé sa première salve dans un éditorial publié par son quotidien préféré, le Daily Telegraph, dans lequel il a comparé Jeremy Corbyn au dictateur soviétique Joseph Staline en raison de sa "haine" présumée des riches.

"Les absurdités que peuvent sortir les ultra-riches pour éviter de payer un peu plus d'impôts...", a réagi Jeremy Corbyn sur son compte Twitter. Dans un discours à Telford (centre), il a enfoncé le clou en se posant en "champion" de "ceux qui n'ont pas beaucoup d'argent ni des amis haut placés".

Mais le premier jour de la campagne a aussi été assombri, côté conservateur, par plusieurs couacs.

Le ministre chargé du Pays de Galles, Alun Cairns, a dû démissionner après avoir été accusé d'avoir caché qu'il connaissait le rôle joué par un de ses collaborateurs dont les déclarations dans un procès pour viol ont fait s'effondrer l'accusation.

Et le très pincé Jacob Rees-Mogg, proche allié de Boris Johnson, a dû s'excuser platement pour avoir dit que "le bon sens" dictait de sortir d'un immeuble en feu, à propos de la mort tragique de 72 habitants de la tour Grenfell à Londres dans un incendie en 2017, pendant lequel les pompiers, très critiqués depuis, avaient donné pour consigne de ne pas bouger.

La remarque de Jacob Rees-Mogg est d'autant plus ravageuse qu'elle le fait apparaître comme coupé des dures réalités de la vie de la population, soit le contraire du message que tente de faire passer Boris Johnson, lui aussi issu d'une classe sociale ultra-privilégiée.

Les sondages placent régulièrement en tête les conservateurs avec une dizaine de points d'avance, mais John Curtice, politologue et grand prêtre des sondages au Royaume-Uni, ne cesse de conseiller la prudence dans les pronostics pour ce scrutin, le troisième en quatre ans.