Britanniques et Européens se trouvaient jeudi dans la phase ultime de leur laborieuse négociation commerciale post-Brexit, où "tout peut basculer" à chaque moment, y compris vers un "no deal" avec ses conséquences économiques dévastatrices. Les pourparlers, qui se tiennent à Londres depuis le début de la semaine, se sont achevés tard mercredi soir et ont repris pour toute la journée de jeudi. Ils pourraient se prolonger vendredi.

"Nous sommes à la fin d'un marathon, probablement au-delà du km 40 (sur 42,2km, ndlr). Mais il y a encore du chemin à parcourir", a affirmé jeudi Stefaan de Rynck, conseiller du négociateur européen Michel Barnier, lors d'un débat organisé par le European Policy Centre (EPC).

"Je ne peux pas garantir que nous atteindrons la ligne d'arrivée avec un accord", a-t-il concédé.

Si les deux parties sont selon lui "engagées à trouver" un compromis, elles peinent à avancer toujours sur les trois même points: l'accès des pêcheurs européens aux eaux britanniques, les garanties réclamées à Londres en matière de concurrence et la manière de régler les différends dans le futur accord.

La contrainte du calendrier se fait pourtant chaque jour plus pressante: la rupture définitive entre le Royaume-Uni et le continent aura lieu le 31 décembre, date à laquelle les Britanniques, qui ont officiellement quitté l'UE le 31 janvier, cesseront d'appliquer les normes européennes.

Or, pour qu'un éventuel accord puisse être ratifié dans les temps par les parlements britannique et européen, c'est cette semaine que les discussions doivent se conclure.

"Il faut un accord maintenant car si les négociations continuent la semaine prochaine, l'accord, s'il est trouvé, ne pourra pas entrer en vigueur" le 1er janvier, a averti une source européenne. "Tout peut basculer", à chaque moment, a-t-elle insisté.

"Nous sommes vraiment au bout du parcours, mais il y a encore de réelles disparités", reconnaît-on côté britannique.

"Je n'ai pas l'impression que nous soyons à quelques heures d'un accord (...) Ce qui reste à combler est encore assez important", abonde un haut diplomate européen.

Selon lui, l'UE n'a en outre plus grand chose à céder aux Britanniques: elle n'est plus qu'à "quelques millimètres" de ses lignes rouges. "Nous avons besoin d'un mouvement de la part du Royaume-Uni pour parvenir à un accord", insiste-t-il.

Sans accord pour régir leur relation, les deux parties échangeront selon les règles de l'Organisation mondiale du commerce, synonymes de droits de douane ou de quotas. Au risque d'un nouveau choc économique s'ajoutant à celui de la pandémie.

Faute de compromis, le Brexit pourrait s'inviter au sommet européen des 10-11 décembre à Bruxelles, et ce au moment où des failles apparaissent dans l'unité des 27.

Selon plusieurs sources européennes, l'Allemagne, qui occupe la présidence tournante de l'UE, et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, veulent un accord "à tout prix".

Mais certains Etats membres, en particulier les plus concernés par un accord avec le Royaume-Uni sur la pêche (France, Danemark, Pays-Bas ou Belgique), disent préférer un "no deal" à "un mauvais accord".

Tout en espérant un accord, Paris n'est pas prêt à accepter "n'importe quelles conditions". "Et certainement pas" de voir la pêche "sacrifiée comme une variable d'ajustement", a averti jeudi le Premier ministre français, Jean Castex, devant des représentants de la filière à Boulogne-sur-Mer (nord), auxquels il promis un "plan d'accompagnement".

L'UE a provisionné 5 milliards d'euros dans son budget pour soutenir les secteurs les plus touchés par le Brexit.

Face au risque de division, le chef de la diplomatie irlandaise, Simon Coveney, a appelé les Européens à garder leur "sang-froid", jugeant un accord possible "dans les prochains jours".

Dans le cas contraire, le retour la semaine prochaine devant la Chambres des communes du projet de loi remettant en cause certaines parties du précédent traité conclu entre Londres et Bruxelles, l'Accord de retrait, pourrait encore ajouter à la tension.

Les clauses controversées de ce texte, dont l'UE avait exigé la suppression, avaient été retirées par la Chambre des lords. Mais "nous les réintroduirons", a insisté jeudi un porte-parole de Boris Johnson.

Or, cette loi remet en cause des dispositions destinées à éviter le retour d'une frontière sur l'île d'Irlande, un garde-fou jugé essentiel au maintien de la paix.