"Si le Royaume-Uni venait à prendre de nouvelles mesures unilatérales dans les semaines à venir, nous n'hésiterions pas à réagir rapidement, fermement et résolument", a déclaré le vice-président de la Commission européenne Maros Sefcovic. Le commissaire s'est exprimé en conférence de presse à Londres, après une réunion du comité mixte UE-UK, l'instance chargée de veiller à l'application de l'accord de retrait, et une première réunion du "conseil de partenariat" UE-UK, qui quant à lui est chargé de surveiller la mise en œuvre de l'accord post-Brexit, le vaste accord de commerce et de coopération conclu in extremis en décembre dernier. Les deux organes sont co-présidés par les mêmes hommes : David Frost côté britannique, et le commissaire Maros Sefcovic pour l'UE.

Ces réunions se sont tenues alors que les tensions restent vives autour de la question de l'implémentation du "protocole nord-irlandais", une partie essentielle de l'accord de retrait du Royaume-Uni de l'Union européenne. Ce texte règle le statut spécial dont hérite en pratique le territoire d'Irlande du Nord, appartenant au Royaume-Uni mais attaché géographiquement à la république d'Irlande, membre de l'UE. Cette zone est devenue une nouvelle porte d'entrée du marché unique, et les Britanniques doivent, en vertu de l'accord, effectuer des contrôles sur les biens qui traversent la mer d'Irlande vers l'Irlande du Nord.

Mais face à la pression renouvelée des unionistes nord-irlandais, et au grand dam de la Commission, Londres avait décidé début mars de prolonger certaines "périodes de grâce", par exemple sur les produits agro-alimentaires. En prolongeant une période de grâce, le Royaume-Uni retarde de plusieurs mois l'implémentation complète des procédures administratives et contrôles sur certains biens circulant de la Grande-Bretagne vers l'Irlande du Nord. Ce report unilatéral a été fustigé par l'UE, qui a lancé une procédure d'infraction à l'encontre de son ex-membre, pour violation de l'accord de retrait.

Londres envisage cette fois de passer outre les règles européennes strictes sur l'importation de viande réfrigérée dans l'UE, à l'issue de la période de grâce sur cette catégorie de produits, qui se termine fin juin, rapportaient cette semaine des médias britanniques.

Face au Royaume-Uni, la Commission rappelle que Londres a accepté le protocole nord-irlandais en connaissance de cause, et que c'est le compromis qui a été approuvé par les deux parties dans le but de maintenir la paix sur l'île d'Irlande. Cette même ligne a été rappelée par le président du Conseil européen Charles Michel face au Parlement européen, mercredi. Boris Johnson et David Frost présentent quant à eux volontiers le "purisme" de l'Union par rapport aux textes comme une menace vis-à-vis de la paix locale, justement.

Mercredi, "il n'y a eu aucune avancée. Il n'y a pas eu de rupture non plus et nous allons continuer à discuter", a déclaré le ministre britannique chargé du Brexit David Frost à la presse après trois heures et demie de discussions "franches et honnêtes".

Maros Sefcovic a estimé en conférence de presse que l'UE "se trouve à un carrefour, dans ses relations avec le Royaume-Uni". La confiance "doit être rétablie", a-t-il constaté, faisant part de son incompréhension face au comportement britannique. S'il n'y a pas de solution, l'Union pourrait introduire des taxes sur les produits britanniques ou encore interrompre la collaboration dans certains secteurs, a-t-il laissé entendre. L'UE avait pourtant proposé une solution pour les viandes réfrigérées, a-t-il affirmé, qui impliquait un accord sur le plan vétérinaire. On pouvait ainsi éviter une grande part des contrôles sanitaires qui seront bientôt requis. "Mais l'idéologie a pris le pas sur l'intérêt des citoyens nord-irlandais", a regretté le commissaire.

Les tensions autour de l'Irlande du Nord devraient figurer au menu des discussions entre le président américain Joe Biden et Boris Johnson qui se rencontrent jeudi avant le sommet des chefs d'État et gouvernement du G7 sous présidence britannique en Cornouailles (sud-ouest de l'Angleterre). Joe Biden a prévenu qu'une absence de solution risquerait de compromettre les chances de succès de l'accord de libre-échange entre les deux pays, que recherche ardemment Boris Johnson.