Le nouveau Premier ministre britannique, Boris Johnson, veut voir disparaître le backstop de l’accord de retrait du Royaume-Uni conclu en novembre 2018 par sa prédécesseur, Theresa May, avec l’Union européenne. Le négociateur en chef de cette dernière, Michel Barnier, a jugé cette demande "inacceptable". De quoi parle-t-on, au juste ? Le filet de sécurité (backstop, en anglais) est une disposition de l’accord de retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne pour éviter que le Brexit cause le retour d’une frontière physique sur l’île d’Irlande.

Dès le début des négociations, tant l’Union que Londres se sont engagés à garder ouverte la frontière de 500 kilomètres entre l’Irlande (État membre de l’UE) et la province britannique d’Irlande du Nord. Les deux parties entendent ainsi préserver l’accord de paix du Vendredi saint qui, en 1998, a mis fin à trente ans de conflits entre Républicains (catholiques et partisans d’une réunification de l’île) et Unionistes (protestants, attachés à la Couronne britannique) en Irlande du Nord. L’objectif est aussi de permettre la poursuite des nombreuses coopérations entre le nord et le sud de l’île. Cependant, la décision du Royaume-Uni de quitter, outre l’UE, l’union douanière et le marché unique européens implique la réintroduction d’une frontière "dure" entre l’Irlande et l’Irlande du Nord pour contrôler le passage des marchandises.

Pour éviter le retour d’une frontière, l’Union européenne a proposé qu’en l’absence et dans l’attente d’une autre solution l’Irlande du Nord reste dans l’union douanière et que s’y applique une partie des règlements du marché intérieur (circulation des marchandises, règles sanitaires pour les contrôles vétérinaires, agriculture, TVA et accises, aides d’État). La conséquence aurait été un retour de contrôles internes au Royaume-Uni, entre la Grande-Bretagne et l’Irlande du Nord. Mise sous pression par le parti unioniste nord-irlandais DUP, qui lui permettait d’avoir une majorité à la Chambre des communes, et refuse tout traitement "différencié" pour l’Irlande du Nord, l’alors Première ministre Theresa May avait rejeté ce scénario.

Le cauchemar des Brexiters

En automne 2018, celle-ci a proposé que l’ensemble du Royaume-Uni continue de former temporairement un territoire douanier avec l’UE après la période de transition de deux ans post-Brexit, si le problème irlandais n’est pas réglé dans le cadre de la négociation des relations futures entre les deux parties. L’Irlande du Nord continuerait à respecter certaines règles du marché intérieur (il s’agit donc d’un double filet de sécurité). L’UE a accepté ce principe mais insiste sur le fait que le backstop restera en vigueur tant qu’il n’y a pas de solution alternative. On ne peut donc, à l’avance, fixer de date limite et le Royaume-Uni ne pourra s’en retirer unilatéralement.

Les Brexi ters considèrent ce backstop comme "un piège" destiné à garder le Royaume-Uni dans l’union douanière ad vitam aeternam . Cela l’empêcherait de mener une politique commerciale indépendante, et d’adopter des législations divergeant trop des règles européennes dans les domaines social, fiscal, environnemental… Les Remainers estiment eux, que mieux vaut rester pleinement dans l’UE que d’y être à moitié Par ailleurs, certains défendent, pas seulement à Londres, que le backstop ne devrait pas être compris dans l’accord qui établit les modalités du retrait, puisqu’il traite de la relation post-Brexit. Cela explique, en partie, pourquoi l’accord de retrait a été rejeté par trois fois aux Communes.

En l’absence de compromis entre Londres et l’Union sur cette question, le déclenchement d’un Brexit sans accord, donc dur et désordonné, sera inéluctable.