Les autorités nord-irlandaises se réunissent en urgence jeudi après une nouvelle nuit de violences condamnées par Londres et Dublin, dans un contexte de tensions exacerbées par le Brexit et de sentiment de trahison dans le camp unioniste.

Après une réunion du gouvernement nord-irlandais, le Parlement local est convoqué en pleines vacances de Pâques pour débattre, à partir de 10H00 GMT, des heurts qui se traduisent depuis plus d'une semaine par des jets de projectiles sur la police et des véhicules incendiés, principalement dans des zones loyalistes, à majorité protestante, favorables à la couronne britannique.

© AP

La semaine dernière, des violences ont d'abord éclaté dans la ville de Londonderry, avant de gagner un quartier loyaliste de Belfast et les environs de la capitale nord-irlandaise pendant le week-end de Pâques.

Dans la nuit de mercredi à jeudi, une foule s'est rassemblée sur Lanark Way, à Belfast, où un autobus a été incendié et des cocktails Molotov lancés. D'énormes barrières métalliques y séparent les quartiers catholique et protestant.

© AP

Plusieurs policiers ont été blessés, portant à 55 leur nombre depuis le début des heurts, selon la police, ainsi qu'un chauffeur de bus et un photographe de presse.

Ces violences montrent que le feu couve dans la province britannique, où les conséquences du Brexit créent un sentiment de trahison chez les unionistes attachés à la couronne.

Appel au "dialogue"

Elles ont été condamnées par le Premier ministre Boris Johnson. "Les différends se résolvent par le dialogue et non par la violence ou la criminalité", a-t-il réagi sur Twitter, tout en faisant part de sa "profonde préoccupation".

Le chef du gouvernement irlandais, Micheal Martin, s'est joint à cette condamnation. "La seule manière d'aller de l'avant est de répondre à ces sujets de préoccupation par des moyens pacifiques et démocratiques", a-t-il dit dans un communiqué.

"Il est maintenant temps pour les deux gouvernements et les dirigeants de toutes les parties de travailler ensemble pour apaiser les tensions et rétablir le calme".

La Première ministre nord-irlandaise, l'unioniste Arlene Foster, a estimé qu'"il ne s'agit pas d'une protestation. C'est du vandalisme et une tentative de meurtre. Ces actions ne représentent l'unionisme ni le loyalisme". Elle a appelé les responsables de ces "violences injustifiées et injustifiables" à être soumis à "toute la rigueur de la loi".

© AP

Ces incidents font resurgir le spectre des trois décennies sanglantes des "Troubles" entre républicains, principalement des catholiques partisans de la réunification avec l'Irlande, et unionistes protestants, qui ont fait 3.500 morts.

L'accord de paix signé en 1998 a estompé la frontière entre la province britannique et la République d'Irlande, mais le Brexit est venu fragiliser le délicat équilibre, en nécessitant l'introduction des contrôles douaniers entre Royaume-Uni et Union européenne.

Après d'âpres négociations, Londres et Bruxelles sont en effet parvenus à s'accorder sur une solution, le protocole nord-irlandais, qui permet d'éviter le retour à une frontière physique sur l'île d'Irlande en déplaçant les contrôles dans les ports nord-irlandais.

Malgré une période de grâce destinée à permettre aux entreprises de s'adapter, les nouvelles dispositions, qui de fait maintiennent l'Irlande du Nord dans l'union douanière et le marché unique européens, entraînent toutefois des perturbations dans les approvisionnements.

Attisant les tensions, les autorités nord-irlandaises ont décidé de ne pas poursuivre des responsables du parti républicain Sinn Fein qui ont assisté aux obsèques d'un ancien chef paramilitaire malgré les restrictions en vigueur contre le coronavirus.

Les principaux partis unionistes ont appelé le chef de la police à démissionner, ce que ce dernier a exclu.