"C'est pas lui": à Limay (Yvelines) samedi, c'est l'incrédulité totale autour de la maison perquisitionnée après l'arrestation à Glasgow d'un homme présenté comme étant Xavier Dupont Ligonnès. Pour eux, leur voisin, leur ami, est un homme d'origine portugaise marié à une Ecossaise et ne peut pas être le suspect numéro un de la tuerie de Nantes. D'après les tests ADN, il ne s'agit en effet pas de Xavier Dupont de Ligonnès.

"C'est impensable, un truc comme ça. Il est né à Limay, on est amis depuis plus de 45 ans, il travaillait avec moi à Renault Flins avant de prendre sa retraite il y a quatre ans", explique Mario Vieira, 75 ans, un retraité habitant une commune mitoyenne. Le septuagénaire est catégorique: l'ami dont il venait retirer le courrier dans cette maison perquisitionnée dans la nuit de vendredi à samedi, pendant ses absences régulières en Ecosse, ne peut pas être Xavier Dupont de Ligonnès, en cavale depuis huit ans et soupçonné d'avoir tué sa femme et ses quatre enfants en 2011 à Nantes. Selon lui, son ami Guy Joao, "qui aura 70 ans le 11 avril prochain", précise-t-il, a bien été arrêté à Glasgow la veille, en tant qu'homme signalé comme pouvant être Xavier Dupont de Ligonnès. "J'ai eu sa femme ce matin, elle est abasourdie. Elle vient toujours le chercher à l'aéroport quand il revient. 

Elle a dû voir l'interpellation", dit-il aux nombreux journalistes qui se présentent devant le pavillon coquet en pierres apparentes, avant que la police n'installe des barrières métalliques alentour. Et Mario Vieira d'enfoncer le clou, estimant que l'homme de Limay qu'il connaît ne peut être le suspect numéro un de la tuerie de Nantes: "Il fait 1,85 m, 90 kg, il est chauve. Son père était un légionnaire portugais, sa mère, Charlotte, venait de la Beauce. Ils sont enterrés ici!" Il donne également des détails sur l'épouse écossaise de son ami, avec qui il s'est marié il y a deux ans. Le couple habite dans la région de Glasgow, dit-il. Elle, "Mary Thomson", a des enfants et des petits-enfants, mais pas lui. M. Vieira affirme aussi que M. Joao s'était "fait piquer ses documents d'identité dans sa sacoche à (l'aéroport de Roissy) Charles-de-Gaulle en 2014". Jacques, 62 ans, un voisin de "Guy" qui habite juste à côté, est sur la même ligne. Il se dit ami "depuis 20 ans" avec cet homme d'origine portugaise mais "de nationalité franco-britannique", "quelqu'un de tout à fait banal", affirmant avoir assisté à son mariage en Ecosse. Il indique également que son voisin avait un doigt en moins. "Je l'ai vu jeudi, on a mangé ensemble" avant qu'il parte, explique le sexagénaire, visiblement très remonté contre enquêteurs et journalistes. 

"Vous vous plantez alors, mais grave! Ca va être un pétard mouillé, une énième fausse piste", lâche-t-il. "Hier soir, quand on a vu ça à la télé, on est resté sur le cul. Je me suis dit: 'Faut que j'aille voir les flics pour leur dire'" car "c'est pas lui, Dupont de Ligonnès". "On est en train de le bousiller", dit-il, excédé. Dans une maison un peu en retrait qui jouxte le jardin de l'homme qui aurait été interpellé à l'aéroport de Glasgow, Nilda Thores, en robe de chambre, sort sur le pas de sa porte, encore "sous le choc". Elle dit habiter là "depuis 20 ans et je l'ai toujours connu". "Il nous gardait la maison. Il venait, il allait. En tout cas, c'est pas lui, le gars qu'on cherche", dit-elle. Comme un autre voisin trentenaire qui souhaite rester anonyme, elle dit elle aussi qu'il ne "ressemble pas du tout" par ailleurs à Xavier Dupont de Ligonnès. L'homme qu'ils connaissent est "très dégarni, le visage un peu rond". "Ca surprend cette histoire, surtout dans un petit bled comme Limay", témoigne une autre riveraine. "Y'avait toujours du monde chez lui" quand il était là, "on le voyait dans son jardin", fait-elle remarquer. "C'est étonnant pour quelqu'un qui se planque..."

Ces témoignages ne constituaient pas les seuls éléments de doutes, puisque la question des empreintes digitales seulement "partiellement correspondantes" a été soulevée ce samedi matin. Finalement, les tests ADN ont permis d'affirmer qu'il ne s'agissait pas de Xavier Dupont de Ligonnès.