Cet accord entre la Gauche républicaine de Catalogne (ERC) et l’autre grande formation indépendantiste de la région, Ensemble pour la Catalogne (JxC), aura pour principal résultat d’éviter de nouvelles élections, inévitables si la Catalogne n’avait pas un nouveau président le 26 mai.

ERC et JxC "concluent un accord de principe pour (...) former un gouvernement de coalition et éviter ainsi le scénario de nouvelles élections", ont affirmé dans un communiqué commun les deux formations, qui gouvernent la région depuis 2015.

Le chef de file d'ERC, Pere Aragonès, vice-président sortant du gouvernement catalan, devrait donc avoir les voix nécessaires pour être élu président de la région.

Dans un Parlement régional de 135 sièges, où les partis indépendantistes ont renforcé leur majorité absolue lors des régionales du 14 février avec un total de 74 sièges et 52% des voix, ERC et JxC ont respectivement 33 et 32 sièges.

Le petit parti indépendantiste d'extrême gauche Candidature d'Unité populaire (CUP), qui détient neuf sièges, s'est déjà prononcé en faveur de M. Aragonès, un juriste âgé de 38 ans au positionnement modéré.

ERC et JxC n'ont pas fourni de détails sur le contenu de l'accord, précisant simplement qu'il était "en voie de finalisation" et serait présenté lors d'une conférence de presse à 13H30 locales (11H30) à Barcelone.

Divergences stratégiques 

Les différences entre ERC et JxC avaient jusqu'à présent empêché le renouvellement de l'accord de gouvernement qui unissait les deux formations depuis 2015.

Le gouvernement régional, secoué par de vives tensions en raison de ces divergences, était précédemment dirigé par JxC, formation de Carles Puigdemont, président régional au moment de la tentative de sécession d'octobre 2017.

Fin mars, faute du soutien de JxC, M. Aragonès avait échoué à se faire investir président régional par le parlement catalan.

Il avait ensuite annoncé, début mai, une rupture des négociations avec cette formation avant de tenter, sans succès, de former un gouvernement minoritaire soutenu par des formations indépendantistes et de gauche.

La principale divergence entre ces deux partis porte sur la stratégie du mouvement séparatiste catalan, ERC prônant le dialogue avec le gouvernement central de gauche du socialiste Pedro Sánchez, qu'il soutient au Parlement de Madrid, alors que JxC refuse la négociation avec le pouvoir central.

En échange de son appui, ERC a obtenu de Pedro Sánchez l'ouverture l'an dernier de négociations destinées à trouver un accord pour mettre fin à la crise catalane.

Cette négociation, gelée depuis le début de la pandémie, semble toutefois partie pour tourner au dialogue de sourds, ERC voulant y aborder la question d'un référendum d'autodétermination, dont le gouvernement central ne veut pas entendre parler.

"La négociation (avec Madrid) n'est pas notre stratégie, ses chances de succès sont très faibles", a récemment averti le secrétaire général de JxC, Jordi Sànchez.

Avec 7,8 millions d'habitants, la Catalogne est lune des régions les plus riches d'Espagne. Les idées indépendantistes ont gagné du terrain au cours des dix dernières années, conduisant en 2017 à une proclamation d'indépendance unilatérale dont les leaders sont en prison ou ont fui à l'étranger et à une grave crise politique, mais la population reste divisée à ce sujet.

Patron des socialistes catalans, l'ex-ministre de la Santé Salvador Illa, arrivé en tête des régionales, mais sans alliés pour bâtir une majorité, a jugé que l'accord entre ERC et JxC était "la répétition d'un échec" et créerait "un gouvernement seulement pour la moitié de la Catalogne".

La porte-parole du gouvernement central, María Jesús Montero, a, elle, appelé ce futur gouvernement séparatiste à "abandonner la voie unilatérale".